À Copenhague, l’île artificielle de la discorde

Monde

Ce «projet du siècle» prévoit la construction d’une île artificielle de 2.8 kilomètres carrés pour protéger la capitale danoise de la hausse du niveau de la mer. Il suscite la polémique pour son coût environnemental.

C’est un projet titanesque. 2.8 kilomètres carrés d’île artificielle doivent être créés en mer Baltique à Copenhague, la capitale danoise. L’île de Lynetteholm répond à deux objectifs : accueillir 35.000 habitants dans une ville en forte croissance démographique et la protéger contre une hausse du niveau de la mer. Pourtant de nombreux riverains s’y opposent farouchement, dénonçant une aberration écologique.

Tout commence en 2018. Lars Lokke Rasmussen, alors premier ministre de centre-droit, lance le projet. Un accord est rapidement trouvé avec la municipalité, et la société By oh Havn, propriété en partie de la ville et du ministère des transports sera chargée des travaux. Un nouveau tunnel doit permettre de rallier le centre-ville grâce au métro. De plus, les revenus générés par la société financeront les réparations des transports en commun copenhagois. Les travaux doivent s’étaler de 2035 à 2070, pour un coût de 2.5 milliards d’euros. Un nom est trouvé : Lynetteholm.

Cependant les contestations s’enchaînent très rapidement. Contre la société By & Havn d’abord. Depuis 2007, elle construit et rénove des bâtiments dans la capitale danoise en les revendant à des prix supérieurs au marché. Les riverains craignent une flambée des prix et que Lynetteholm ne devienne un ghetto réservé aux plus riches. Pour les rassurer, le gouvernement prévoit 20% de logements sociaux.

Un coût environnemental dénoncé

Un autre grief est récurrent : le désordre et le bruit engendré par les travaux. 80 millions de tonnes de terres doivent être déversées pour créer l’île artificielle. Ce qui équivaut au passage de 350 camions par jour ! Les associations dénoncent aussi un coût écologique, notamment pour la biodiversité marine. En effet, l’obstruction d’afflux d’eau salée de la Baltique vers la mer du Nord bouleverse l’oxygénation des fonds marins, comme le rappelle Coalition Clean Baltic.

Ces accusations sont rejetées en bloc par la société By & Havn, études à l’appui. Celles-ci ne portent que sur l’île et non sur le tunnel ou les aménagements urbains rétorquent les associations qui ont porté leurs combats devant la cour de justice européenne. C’est au tour de la Suède voisine de s’en mêler. La construction de Lynetteholm perturbera les courants maritimes du détroit affirment les autorités du comté de Skåne. « Il existe un risque de contamination et de réduction du débit d’eau dans les détroits. La mer Baltique n’est déjà pas dans le meilleur état et nous ne voulons pas de la moindre modification », assure Kristian Wennberg, chef des services d’eau du comté de Skåne, à Bloomberg.

De son côté, le gouvernement danois ne veut rien céder et qualifie Lynetteholm de « projet du siècle ». Le 4 juin le projet est adopté au parlement par 85 voix contre 12. Plusieurs étapes sont prévues avant la construction de l’île, comme l’installation en septembre d’une cage grillagée géante.

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