À Tel-Aviv, les habitants sous le stress des missiles du Hamas

Monde

REPORTAGE – Entre tirs de roquette et frappes de représailles sur la bande de Gaza, l’affrontement entre le mouvement islamiste et Israël ne donne aucun signe de désescalade.

Au son lugubre des sirènes suivi d’une douzaine de bruits d’explosions, des milliers d’habitants de Tel-Aviv se sont précipités en pleine nuit de mardi à mercredi à deux reprises dans les cages d’escalier, les abris publics ou d’immeubles en attendant que le calme revienne. La plupart avaient la peur au ventre. Certains ont craqué tant les détonations étaient puissantes et semblaient proches, tandis que d’autres prenaient leur mal en patience avec sérénité. «Sur le moment, on ne savait pas si c’étaient des missiles qui nous tombaient dessus ou le tonnerre provoqué par les interceptions en vol de ces engins, explique Viviane Rozenblum, une nouvelle immigrée d’une soixantaine d’années originaire de France. Mais là où il n’y avait pas de doute c’est que les murs de la maison se sont vraiment mis à trembler au point que j’ai même cru qu’un missile du Hamas avait atteint l’arrière de notre maison, un moment très impressionnant.»

Elle faisait ainsi allusion au millier de roquettes tirées depuis mardi depuis la bande de Gaza contrôlée par les islamistes palestiniens du Hamas. Israël a réagi avec des frappes de représailles. Ces violences ont fait au moins 59 morts: 53 à Gaza – parmi lesquels 14 mineurs – et six en Israël, dont un soldat israélien tué mercredi par un tir antichar près de la bande de Gaza. Ce nouveau round d’affrontements fait suite aux heurts du week-end sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam qui s’étend sur le mont du Temple, le site le plus sacré du judaïsme dans la vieille ville de Jérusalem.

Des rues vides

«La tension était telle que j’ai dû prendre dans mes bras une jeune locataire effrayée, qui avait fondu en larmes, raconte encore Viviane Rozenblum. Lors de la deuxième attaque, moins forte, vers trois heures du matin, elle s’était calmée, comme si elle commençait à s’habituer.» Pour ce qui est de l’avenir, elle ne se fait pas d’illusions. «Idéalement on devrait tuer tous les terroristes du Hamas et du Djihad islamique, mais cela n’arrivera pas, Israël va se contenter comme d’habitude d’éliminations ciblées de quelques-uns d’entre eux et tout recommencera bientôt.»

Sur les marches d’une autre maison, deux couples tiennent dans leurs bras leurs enfants à moitié endormis en leur parlant à l’oreille, histoire de les calmer. Près d’eux, un jeune locataire barbu tente de remonter le moral des voisins: «Ces attaques sont stressantes, mais elles nous ont au moins permis de faire connaissance avec des voisins que ne nous n’avions jamais rencontrés. Être en pyjama ou en tenue pour aller se coucher permet apparemment de se rapprocher.»

À l’extérieur, les deux alertes qui ont duré quelques minutes ont totalement vidé les rues de Tel-Aviv, la ville israélienne hédoniste par excellence, qui a la réputation de ne «jamais s’arrêter». Ici, le Covid n’est plus qu’un lointain souvenir avec un retour ces dernières semaines à une quasi «vie normale», sous forme de cafés et de restaurants bondés le soir. Pris par surprise, les fêtards, les simples passants qui faisaient leurs emplettes et les autres flâneurs se sont précipités aux premiers hurlements des sirènes vers des entrées d’immeubles ou de parkings les plus proches. D’autres Tel-Aviviens ont renoncé à sortir pour se confiner, à l’écoute des radios et des télévisions, qui avaient bouleversé leurs programmes.

Après ces à-coups nocturnes, la ville a eu mercredi un réveil plutôt difficile. «Il y avait beaucoup moins de gens et de voitures que d’habitude dans les rues», raconte Nomie Yahel, une potière. Par précaution, les autorités ont fermé les écoles.

«Une atmosphère de tension»

«J’ai vraiment dû me pousser pour sortir, prendre le bus et aller dans mon atelier pour finir un travail qui ne pouvait pas attendre, alors que mes enfants m’avaient demandé de rester à la maison. Mais je suis très vite rentrée, car j’ai senti une atmosphère de tension angoissante partout dans l’air», poursuit-elle. Pour elle, la nuit s’est passée dans un abri situé en bas de son immeuble près de la mairie. «Presque tous les locataires s’y sont retrouvés, sauf un vieux couple qui a refusé de descendre pour ne pas abandonner ses nombreux chats», explique cette sexagénaire.

Les locataires ou propriétaires de d’habitations construites récemment n’ont pas eu à quitter leur domicile. «Tous les appartements érigés ces dernières années en Israël doivent comprendre une pièce en béton spécialement conçue pour résister à des explosions, et qui nous sert en général de chambre d’amis, si bien que nous nous sommes sentis protégés tout en restant chez nous», raconte Eyal, un informaticien qui vit dans une grande tour du nord de Tel-Aviv.

Bref, les habitants ont encaissé le coup bon an mal an. Toute la question est de savoir s’ils feront preuve de la même résilience au cas où ils devraient vivre de nouvelles nuits à demi-blanches.

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