Ahmed Safi Saïd : «J’ai écrit 30 livres et je discute avec des politiciens qui n’ont pas rempli un carnet»

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Non, ce n’est pas une boutade. Cette phrase a bel et bien été prononcée par le sulfureux Ahmed Safi Saïd, hier, dimanche 10 octobre 2021, dans «Jaoueb Hamza», la nouvelle émission politique dominicale de Mosaïque FM, qui continue de faire la part belle aux imposteurs, non pas pour enrichir et éclairer le débat public mais pour faire de l’audience en provoquant de soi-disant clashs.

Par Imed Bahri

Ahmed Safi Saïd, journaliste de son état, auteur de romans et d’essais, récemment converti à la politique, en accédant à l’Assemblée grâce au mode de scrutin proportionnel permettant à tous les jojos de se faire élire avec quelques milliers de voix, a été présenté par Hamza Belloumi, animateur de l’émission, comme «al moufakker al kabir» (grand penseur), titre ô combien pompeux auquel même Mohamed Talbi et Hichem Djaït n’auraient pas osé prétendre de leur vivant. D’où lui vient la grandeur?

Peut-être que pour certains Tunisiens, être le propagandiste attitré des dictateurs arabes, comme Mouammar Kadhafi, et le courtisan des affairistes à la fortune douteuse comme Chafik Jarraya et Slim Riahi relève de la grandeur? Celui dont la mégalomanie fait nourrir des ambitions nationales (il rêve de prendre la place de Kaïs Saïed) cache beaucoup de chose aux Tunisiens… Et quand on lui pose des questions trop précises sur son passé obscur et son parcours sinueux, il entre dans une grande colère et se met carrément à insulter son interviewer. Hamza Belloumi n’y a pas échappé, et c’est bien mérité, serions-nous tentés d’ajouter.

Un «roman personnel» largement édulcoré

Le sulfureux personnage est venu principalement pour parler de son dernier ouvrage « Le béret du Commandant », aussi volumineux (616 pages) qu’indigeste, discuter de la conjoncture politique en Tunisie, et jouer, au passage (puisque c’est la mode du moment), au sauveur de la démocratie mise en danger par Kaïs Saïed.

Le nationaliste arabe, qui aime se définir comme «tiers-mondiste» et «anti-impérialiste» (il vit encore, intellectuellement, dans les années soixante du siècle dernier), est un militant des hôtels huppés et des salons de thé des Berges du Lac de Tunis. Il veut faire oublier son passé d’apprenti putschiste, qui voulait faire tomber Bourguiba, et joue au démocrate de la 25e heure, en accusant Kaïs Saïed de commettre un coup d’État. Sauf que son passé le rattrape toujours, au tournant des discussions, puisqu’il fut accusé, dans sa jeunesse, d’avoir participé à la tentative de déstabilisation de la Tunisie fomentée par Kadhafi et exécutée par des mercenaires tunisiens armés entrés par la frontière algérienne pour occuper pendant plusieurs jours la ville de Gafsa.

C’était en janvier 1980, date qui constituera un tournant dans sa vie puisqu’elle inaugurera un long exil qui le mènera de l’Algérie à la France en passant par le Liban où il séjournera durant la guerre civile, dans les années 1980. Bien sûr, Ahmed Safi Saïd, dont les affinités kadhafiennes sont un secret de polichinelle, puisqu’elles sont ostentatoirement affichées et durablement inscrites dans ses publications, continue de nier, en criant et en vociférant, toute implication dans cette attaque contre… son pays et sa ville natale, Gafsa, mais son long exil contraint et son retour rocambolesque au pays au milieu des années 1990, sur les circonstances duquel on ne s’attardera pas (en tout cas pour le moment), ne plaident pas pour la véracité de son «roman personnel».

Heureusement pour lui, les journalistes complaisants ou lâches (qui craignent ses insultes et ses accès de colère au cours desquels il devient carrément grossier) n’osent pas lui poser les questions qui le gênent ou avalent ses fausses affirmations comme parole d’évangile. Il l’aident ainsi à faire oublier son passé encombrant «bi jarrat qalam» (avec un trait de crayon) pour reprendre l’expression fétiche de Mohamed Fadhel Abdelkéfi, le président du parti Afek Tounes.

C’est ainsi que Ahmed Safi Saïd parvient à cacher beaucoup de choses aux Tunisiens comme, par exemple, les circonstances abracadabrantesques dans lesquelles il a quitté Beyrouth pour Paris, en France, le pays qu’il déteste cordialement et dont il n’a de cesse de dénoncer l’impérialisme.

En fait, le sulfureux journaliste a été contraint de quitter le Liban, pour une raison scabreuse que l’on préfère passer sous silence, mais il ne pouvait pas rentrer en Tunisie, où il aurait été incarcéré d’office. Et c’est ainsi que ses amis de l’OLP l’ont aidé à s’installer dans la capitale française et à y lancer plusieurs magazines entièrement dévoués à faire la propagande des dictateurs arabes.

L’homme qui avance masqué

Ingrat, le nationaliste arabe insulte aujourd’hui la France qui avait pourtant accepté de le recevoir alors que personne ne voulait de lui. Il joue au révolutionnaire et veut faire croire aux Tunisiens, et surtout aux incultes parmi eux et aux jeunes naïfs, qu’il est un intellectuel engagé et un homme d’idées, tout en cachant soigneusement son côté vénal de journaliste mercenaire prêt à vous «vendre» les plus atroces dictateurs dans un emballage de poésie révolutionnaire. Car le «révolutionnaire professionnel» a un grand amour pour l’argent facilement gagné et un goût prononcé du luxe. Ses relations sonnantes et trébuchantes avec les affairistes véreux, comme Chafik Jarraya ou Slim Riahi, aujourd’hui en prison ou en fuite à l’étranger, sont de notoriété publique : il ne dédaignait pas de fumer avec eux les gros cigares dans les palaces de Tunis.

C’est cet homme louche, avançant masqué, qui veut devenir président de la république. Et se voit déjà au Palais de Carthage. Pour y parvenir, il hante les stations radios et les plateaux télé, multiplie les alliances douteuses, notamment avec le parti islamiste Ennahdha, et parvient à faire figurer son nom dans le hit-parade des hommes politiques les plus populaires dressé par les instituts de sondage.

Ne reculant devant aucune énormité et ne craignant pas le ridicule, Ahmed Safi Saïd, le «moufakker kabir» de Hamza Belloumi, s’est vanté hier d’avoir écrit une trentaine d’ouvrages et de parler à des politiciens qui n’ont pas rempli un minable petit carnet («konnach» en arabe), comme si la littérature, et dans son cas la mauvaise littérature, était l’antichambre du pouvoir ou une garantie de compétence politique.

Dans son entretien d’hier, Ahmed Safi Saïd a aussi déclaré que Kaïs Saïed ne peut pas devenir un dictateur et son «coup d’Etat» ne peut aboutir qu’à une «dictature castrée» (autre pépite qui restera dans les annales de la science politique), recourant ainsi comme à son habitude à une métaphore à caractère sexuel qui en dit long sur sa personnalité.

L’auteur du « Béret du Commandant » serait donc mégalomane, vénal, arrogant, imposteur mais aussi vicieux et machiste. Sont-ce là les qualités premières que l’on est en droit d’exiger d’un futur président?

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