Après deux ans de lutte, des femmes de chambres de l’hôtel Ibis-Batignolles obtiennent gain de cause

France

Les 19 femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, à Paris, ont obtenu, mardi, une amélioration de leurs salaires et conditions de travail après 22 mois de combat contre le groupe Accor. Une victoire pour ces grévistes dans ce conflit devenu un symbole de la lutte contre la sous-traitance et la précarisation des travailleuses d’origine immigrée.

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« Victoire ! » Le cri fuse à la sortie des représentantes des femmes de chambre grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris, après 22 mois de conflit et la signature, mardi 25 mai, d’un accord prévoyant une amélioration de leurs salaires et conditions de travail.

L’accord octroie notamment une prime de panier de 7,30 euros par jour, des tenues de travail fournies et nettoyées par l’employeur, des changements de qualification entraînant des hausses de salaire, le passage de sept personnes à temps complet, ainsi qu’une augmentation des heures travaillées pour d’autres.

Selon le syndicat CGT-HPE (hôtels de prestige et économiques), les rémunérations augmenteront ainsi « de 250 à 500 euros par mois ».

Devant l’entrée de l’établissement, avec applaudissements et pas de danse, la vingtaine de grévistes saluent l’heureuse conclusion de la plus longue lutte jamais menée par la CGT-HPE.

« On a gagné, on a gagné », « L’esclavage, c’est fini, la maltraitance, c’est fini », « Frotter, frotter, il faut payer », « Solidarité », chantent les femmes de chambre et leur collègue équipier, en grève lui aussi.

« On a une très belle victoire ! », jubile Rachel Keke, l’une des représentantes des grévistes, en brandissant les pages de l’accord signé. « Il faut qu’on continue d’être solidaires », ajoute-t-elle.

Salariés de STN, une société sous-traitante, les grévistes savourent leur succès. « On va faire une belle fête », mais « on va attendre l’été », promet Rachel Keke.

Mobilisés depuis juillet 2019, les 19 femmes de chambre (dont deux étaient absentes mardi) et leur collègue équipier ont fait grève pendant huit mois, avant de basculer en chômage partiel avec la crise sanitaire, tout en continuant de mener « des actions », comme « la semaine dernière à l’hôtel Pullman » à Paris, précise à l’AFP Aboubacar Traoré, l’équipier gréviste.

« Victoire de la dignité »

« On a continué la lutte même en chômage partiel », avec « des actions dans des hôtels du groupe Accor » (propriétaire de la chaîne Ibis) et « on a tenu le coup » jusqu’à « la victoire », sourit Mama Ndiaye, femme de chambre « depuis 11 ans » à l’Ibis Batignolles qui compte plus de 700 chambres.

Maintenant, « on va pouvoir faire notre travail tranquillement », résume Deneba Diallo, en robe longue orangée ornée de dentelle blanche. Avant, « le travail était trop dur, sans pause, même pas le droit de boire de l’eau. Il n’y avait pas de pitié pour nous ».

Parmi les avancées obtenues, les grévistes saluent la baisse du nombre de chambres à nettoyer par heure (trois, au lieu de trois chambres et demie précédemment). En outre, « les heures supplémentaires seront payées », sur la foi d' »une pointeuse », et, « ce qui est énorme pour nous », c’est l’obtention d’une pause, « à peu près 30 minutes pour manger, respirer un peu », se félicite Mme Keke.

Un bémol : les grévistes n’ont pas obtenu leur intégration au sein d’Accor. « En train de faire un plan social », le groupe hôtelier « doit en priorité proposer des reclassements » à ses salariés concernés, explique Claude Lévy de la CGT-HPE. Mais « ce n’est que partie remise », estime-t-il.

Quant à la procédure lancée devant les prud’hommes, elle s’arrête « en contrepartie » d’indemnisations « individuelles », ajoute M. Lévy, pour qui cet accord, « c’est la victoire de la dignité ».

Un conflit symbolique

Depuis le début de cette mobilisation, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles ont pu compter sur le soutien de nombreux acteurs de la société civile et du monde politique. Plusieurs élus à gauche ont d’ailleurs salué cette victoire obtenue après près de deux ans de mobilisation. 

« Infini respect pour ces incroyables combattantes », a notamment réagi la député insoumise Danièle Obono.

Selon l’économiste François-Xavier Devetter interrogé par l’AFP, ce conflit est « symbolique de l’organisation spécifique de ce travail-là et de la façon dont il est délégué ou relégué. C’est symbolique aussi sur ce qui est obtenu qui n’est, pour un certain nombre de points, que l’application du droit du travail. »

« Il s’agit d’un combat avec une population très précarisée, féminisée, dans lequel le camp d’en face est intouchable du fait de la sous-traitance », ajoute-t-il. « On peut faire l’hypothèse que c’est le donneur d’ordre (Accor, NDLR) qui a dû faire pression sur son prestataire pour qu’au final il cède. »

Avec AFP

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