Au G7, Joe Biden relance le multilatéralisme

Monde

Les chefs d’État ont promis d’agir ensemble face au Covid-19, à la Russie, à la Chine et pour le climat.

Envoyé spécial a Carbis Bay (Royaume-Uni)

Un barbecue nocturne sur la plage, marshmallows grillés et cocktails au rhum: les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont resserré leurs liens comme une bande de copains, même si certains faisaient leur entrée dans le cénacle. Les dirigeants des sept plus grandes puissances occidentales (États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie) tenaient à afficher leur cohésion face aux défis de la planète, pour leur première rencontre physique depuis deux ans, qui s’achevait ce dimanche après trois jours à Carbis Bay, en Cornouailles (sud-ouest de l’Angleterre).

«L’Amérique est de retour», a répété à l’envi Joe Biden, ravi à l’issue d’un sommet «extraordinaire». Son entrée sur la scène internationale a été accueillie comme une «bouffée d’air frais» par ses partenaires, comme l’a résumé Boris Johnson – qui n’avait pourtant pas ménagé ses avances envers Donald Trump. Emmanuel Macron s’est félicité devant lui «d’avoir un président américain qui fait partie du club et a très envie de coopérer». «Nous sommes sur la même ligne», lui a répondu celui-ci. Le président français a déployé tous ses charmes pour créer une relation de proximité avec lui, l’entourant affectueusement de son bras lors d’une conversation sur la plage de Carbis Bay. Il lui avait apporté une bouteille de côte-rôtie. «L’élection de Joe Biden ne signifie pas que le monde n’a plus de problèmes mais nous pouvons travailler à ces problèmes avec un nouvel élan», a relativisé Angela Merkel, dont c’était le dernier G7.

«Resserrer les liens»

Cette réunion a été l’occasion d’un «réalignement de l’alliance occidentale pour resserrer les liens et projeter son influence dans le monde, face à des États hostiles», analyse Denisse Rudich, directrice du groupe de recherche sur le G7 pour The Global Governance Project. Une question de «crédibilité» pour le modèle des démocraties libérales, qui est «à risque», selon Macron. Les bisbilles incessantes entre membres de l’Union européenne – qui ont tout fait pour asseoir la solidité de leurs positions – avec leur ancien partenaire britannique ont toutefois jeté une ombre sur cette belle ambition.

Le Canadien Justin Trudeau a relayé l’appel de Joe Biden à renforcer l’unité face à la Chine. Le communiqué final évoque une détermination des membres du G7 à éradiquer le travail forcé au Xinjiang de leurs chaînes d’approvisionnement. Il exige le respect l’autonomie de Hongkong et affirme sa vigilance sur la stabilité en mer de Chine avec Taïwan. Le texte réclame aussi une nouvelle enquête sur l’origine du virus du Covid-19 «y compris en Chine».

Le G7 entend faire de 2021 un « tournant » pour la planète

Certes plus nuancé, Joe Biden n’a pas rompu avec la ligne de son prédécesseur visant à faire la Chine l’adversaire principal des États-Unis. Il a jaugé la solidarité de ses alliés sur ce front. «Le G7 n’est pas un club hostile à la Chine», s’est distingué le président de la République. Nous devons être «francs sur ce que nous ne pouvons accepter» d’elle, a estimé l’Italien Mario Draghi. «Le temps où les décisions mondiales étaient dictées par un petit groupe de pays est révolu depuis longtemps», a raillé de son côté l’ambassade de Chine à Londres. Par ailleurs, trois jours avant la rencontre de Joe Biden avec Vladimir Poutine à Genève, le G7 appelle Moscou à «cesser ses activités déstabilisatrices», notamment ses cyberattaques.

Avant la COP26 prévue à Glasgow en novembre, l’hôte du sommet, Boris Johnson, voulait placer le climat au cœur de l’agenda. Le G7 entend faire de 2021 un «tournant» pour la planète. Il va «s’efforcer de limiter» à 1,5 degré le réchauffement, promet de diviser par deux ses émissions d’ici à 2030 et de remplir enfin son objectif d’investir 100 milliards de dollars d’argent public et privé par an pour aider les pays les plus pauvres dans leur transition climatique. Les ONG restent très sceptiques sur le calendrier et la portée réelle de ces annonces.

Les pays les plus riches du monde confirment leur promesse de livrer 1 milliard de doses de vaccins aux plus pauvres d’ici à un an, pour «mettre fin à la pandémie». Un pas en avant «bienvenu», selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’Organisation mondiale de la santé, mais «nous avons besoin de plus». Vacciner 70 % de la population nécessiterait 11 milliards de doses. Emmanuel Macron, qui annonce le doublement des doses données par la France à 60 millions d’ici à la fin de l’année, estime possible d’atteindre 60 % de la population vaccinée l’an prochain, notamment grâce à la levée des restrictions aux exportations de composants pour développer la production, sans pour autant fournir de détail sur la question controversée de la suspension des brevets.

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