Au G7, le ton monte entre Londres et les Européens

Monde

Boris Johnson menace de suspendre les accords sur le Brexit. Une guerre commerciale entre Britanniques et Européens est «la dernière chose dont le monde a besoin», selon la patronne de l’OMC.

Envoyé spécial en Cornouailles,

Boris Johnson, hôte du sommet du G7 en Cornouailles, n’a pas hésité à laisser s’exposer ses tensions avec ses voisins européens, au risque de briser l’unité entre les sept puissances économiques (États-Unis, Canada, Japon, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie) face à leurs défis communs, comme la Chine ou la Russie.

Après les amabilités des retrouvailles de ce premier sommet en «présentiel» depuis deux ans, vendredi, sous le patronage de la reine Elizabeth, le ton est monté, samedi, sur l’application des accords sur le Brexit. En particulier, le protocole nord-irlandais sur le contrôle des échanges de marchandises entre la Grande-Bretagne et la province britannique sur l’île d’Irlande, que Londres refuse de respecter.

Selon Londres, ces dispositions compromettent l’approvisionnement des supermarchés nord-irlandais, en saucisses anglaises notamment, et menacent l’intégrité et la souveraineté du Royaume-Uni.

«J’ai parlé à certaines de nos amis, ici, aujourd’hui, qui ne semblent pas comprendre que le Royaume-Uni est un seul pays, un seul territoire. Je dois juste leur mettre ça dans la tête,» a déclaré Boris Johnson lors d’une interview télévisée.

Après avoir essuyé les remontrances des Européens, il a affirmé sa détermination à protéger «quoi qu’il en coûte» l’intégrité territoriale du Royaume-Uni. Quitte à déclencher l’article 16 du traité sur le Brexit, qui lui permet, en cas de «graves difficultés économiques, sociétales ou environnementales» de prendre des mesures unilatérales.

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«Respecter la parole donnée»

Les Européens se sont succédé face au premier ministre britannique pour lui rappeler ses engagements pris lorsqu’il a signé l’accord sur le Brexit fin 2020. Emmanuel Macron a mené la première charge, lors d’un entretien bilatéral en début de matinée. Il s’est dit «prêt» à relancer les relations franco-britanniques, empoisonnées par ce dossier et ses conséquences, tout en insistant pour que «les Britanniques respectent la parole donnée aux Européens et le cadre défini par les accords du Brexit».

Boris Johnson a ensuite enchaîné par un entretien avec la chancelière allemande Angela Merkel, suivi d’un autre avec les dirigeants européens Charles Michel et Ursula von der Leyen. Celle-ci a ensuite tweeté: «Nous voulons les meilleures relations possibles avec le Royaume-Uni. Les deux parties doivent appliquer ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord. Il y a unité complète là-dessus».

Les responsables européens ont appelé à «atténuer la rhétorique» afin de rechercher une solution. Pour tenter de désamorcer la tension, Angela Merkel a appelé à la recherche d’une «solution pragmatique». Même le président américain Joe Biden, qui n’avait pas caché auprès de Boris Johnson, dès leur rencontre, jeudi, à la veille du sommet, sa préoccupation sur la situation en Irlande du Nord, a affiché un soutien implicite aux Européens. Il a souligné, au début d’un entretien avec Emmanuel Macron, que «l’Union européenne est une entité extrêmement forte et dynamique».

Guerre commerciale

Dès samedi matin, une partie de la presse britannique évoquait des menaces de «guerre commerciale» de l’UE avec le Royaume-Uni. Le non-respect du protocole irlandais pourrait en effet les conduire à suspendre les accords de libre-échange sans droits de douane sur les échanges transmanche. On n’en est pas là.

Mais cette menace a fait réagir la présidente de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Ngozi Okonjo-Iweala, interrogée sur le sujet. Selon elle, une guerre commerciale entre Européens et Britanniques est «la dernière chose dont le monde a besoin» et serait «trop coûteuse» pour les deux parties.

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