Avion dérouté par la Biélorussie: l’Union européenne à la recherche des sanctions les plus efficaces

Monde

Contraint d’atterrir, l’avion transportait Roman Protassevitch, un opposant arrêté par le régime.

De notre correspondante à Bruxelles

C’est un coup de semonce pour les Européens. Jamais ils n’auraient imaginé qu’un État hostile à l’Union, situé dans son proche voisinage, irait jusqu’à dérouter un avion civil transportant des citoyens européens afin de ramener un opposant sur son sol. C’est pourtant ce dont est accusé le président biélorusse, Alexandre Loukachenko. «On ne se faisait plus d’illusions sur Loukachenko. Mais là, on a quand même été très surpris», admet un diplomate. «C’est un roman d’espionnage de la guerre froide. Si ce n’était pas aussi inquiétant, ça ferait un bon scénario de James Bond», s’inquiète une autre source.

En dépit de leur incrédulité et de leur sidération, les Européens ont immédiatement condamné cette opération. Sans surprise, les réactions les plus fortes et les plus rapides sont venues dimanche de l’est du bloc où l’on soupçonne la Russie au mieux d’avoir laissé faire, au pire d’avoir participé activement à l’opération. Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, y voit «un acte de terrorisme d’État sans précédent». Alors qu’il devait gérer le retour de l’avion Ryanair à Vilnius et l’accueil de passagers épuisés, le président lituanien, Gitanas Nauseda a dénoncé un «acte abject».

Au cours des dernières heures, Paris, Berlin et Rome ont convoqué les ambassadeurs biélorusses. «Dans cette affaire, on est au cœur de ce qu’il y a de plus grave. Ce que le droit international a bâti difficilement depuis l’après-guerre est peu à peu abandonné. Si ça continue, nous allons revenir au point de départ», confie, dépité, un diplomate européen. Les États-Unis et l’Otan prennent aussi l’affaire très au sérieux. Les ambassadeurs de l’Alliance se réuniront ce mardi. Tous attendent les résultats de l’enquête de l’Organisation de l’aviation civile internationale.

L’affaire biélorusse est bien la preuve qu’il faut parler à Poutine

Une source parisienne

Mais, c’est vers l’UE que se tournaient tous les regards lundi soir alors que les Vingt-Sept étaient attendus à Bruxelles pour participer à un conseil européen prévu depuis plusieurs semaines. Le dossier biélorusse a été ajouté en catastrophe à un ordre du jour très chargé et faisant la part belle aux relations extérieures de l’UE, de la Russie aux États-Unis, du Moyen-Orient à la difficile rupture avec le Royaume-Uni. Bien évidemment, beaucoup s’attendaient à ce que les événements de Minsk viennent télescoper les échanges sur la Russie, censés permettre aux Vingt-Sept de prendre de la hauteur, en vue d’une nouvelle discussion en juin sur la base d’un rapport confié à la Commission sur le sujet. «L’affaire biélorusse est bien la preuve qu’il faut parler à Poutine», veut-on croire à Paris.

Les affaires étrangères n’ont jamais été le fort des Vingt-Sept. Mais ils n’ont pas le droit à l’erreur sur la Biélorussie. Sauf à confirmer leur impuissance à parler d’une seule voix, comme ce fut le cas récemment sur Israël et le Hamas en raison du veto hongrois et comme c’est toujours le cas sur la Russie. «Les autoritaires du monde entier surveillent attentivement la réaction internationale pour voir ce qu’ils peuvent désormais faire. L’UE doit agir rapidement et de manière décisive alors que le monde suivra les résultats de sa réunion d’aujourd’hui», mettait en garde lundi Tatyana Margolin, directrice du programme Eurasie au sein de la fondation Open Society.

Lundi après-midi, les autorités biélorusses continuaient à narguer les Européens, en bloquant le départ d’un vol de la compagnie allemande Lufthansa reliant Minsk à Francfort

La réponse de l’UE sera-t-elle forte? Au cours de leur dîner, les leaders devaient s’accorder sur une nouvelle série de sanctions individuelles contre Minsk, la quatrième depuis les élections truquées d’août 2020 et la montée en puissance de la répression dans le pays. L’adoption de ces mesures, touchant à la fois des personnes et des entités et sur lesquelles planche depuis plusieurs semaines le Conseil, ne devaient pas poser de difficultés. «Il n’y a pas de blocage hongrois», affirmait lundi matin un diplomate, en référence au récent cavalier seul de Budapest sur la crise au Moyen-Orient. Sauf surprise, les Vingt-Sept devaient donc inviter le Conseil à avancer vite.

Mais ces sanctions individuelles -elles visent déjà l’homme fort de Minsk et son entourage — sont-elles efficaces face à un régime lancé dans une fuite en avant? Pas vraiment. Lundi après-midi, quelques heures seulement avant le coup d’envoi du Sommet, les autorités biélorusses continuaient à narguer les Européens, en bloquant -pour de soi-disant questions de sécurité – le départ d’un vol de la compagnie allemande Lufthansa reliant Minsk à Francfort. Cet avion a finalement pu décoller.

Outre un appel à la libération immédiate de Roman Protassevitch et de sa compagne russe, d’autres mesures de rétorsion devaient également être discutées durant le dîner: interdiction des avions biélorusses de se poser sur le sol européen et à survoler l’UE, recommandation aux compagnies européennes de contourner la Biélorussie. Certains pays et certaines compagnies ont d’ores et déjà décidé de ne pas survoler ce pays. Non pas pour sanctionner Minsk mais pour d’évidentes raisons de sécurité. Près de 2000 vols commerciaux passent chaque semaine dans l’espace aérien de la Biélorussie.

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