Carlos Ghosn visé par une nouvelle plainte liée au budget d’une filiale de Renault-Nissan

France

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Une actionnaire de Renault a porté plainte la semaine dernière devant le parquet de Nanterre contre Carlos Ghosn concernant la gestion d’une structure du groupe Renault-Nissan à Amsterdam. L’ex-PDG du conglomérat automobile a été entendu comme témoin mercredi dans une autre affaire.

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Un nouveau front judiciaire s’ouvre pour Carlos Ghosn. Une actionnaire de Renault a porté plainte la semaine dernière à Nanterre contre l’ancien PDG de Renault-Nissan concernant des « sommes conséquentes » versées à « l’insu des actionnaires » à la filiale néerlandaise RNBV par le groupe automobile lorsqu’il le dirigeait, a-t-on appris mercredi 26 mai auprès de son avocat. 

La plainte, rédigée le 18 mai, a été déposée auprès du parquet de Nanterre pour « présentation de comptes sociaux inexacts » et « non respect des seuils de consolidation des comptes sociaux d’une filiale », a indiqué à l’AFP le conseil de l’actionnaire, Me Jean-Paul Baduel, confirmant une information du quotidien français Libération.  

Outre Carlos Ghosn, trois anciens administrateurs sont aussi visés : Marc Ladreit de Lacharrière, Philippe Lagayette et Thierry Bolloré, également directeur général de Renault. 

« Caisse noire »

Selon la plainte, consultée par l’AFP, la filiale néerlandaise RNBV, incarnant l’alliance de Renault et Nissan, a bénéficié d’un budget de 562,8 millions d’euros entre 2009 et 2018, « dont la moitié versée par Renault », soit 281,4 millions d’euros. 

« Les comptes sociaux de Renault ont été débités, entre 2010 et 2018, de plusieurs dizaines de millions d’euros susceptibles d’affecter le résultat net de la société et le dividende versé à l’actionnaire », accuse la plainte. 

« Ces faits se sont déroulés à l’insu des actionnaires et un soin particulier a été pris pour leur dissimulation, ainsi qu’il ressort des instructions de M. Carlos Ghosn » à son entourage proche, toujours selon la même source. 

« C’est la dénonciation de la caisse noire de RNBV », a indiqué à l’AFP Me Baduel, qui s’est appuyé sur le rapport du cabinet Mazars pour étayer ses accusations. 

Cet audit sur la gestion de l’alliance par Carlos Ghosn, que l’ancien homme d’affaires franco-libanais conteste, avait été commandé par le groupe automobile en 2019. Contactée, l’agence de communication de Carlos Ghosn n’a pas souhaité commenter.  

Carlos Ghosn entendu à Beyrouth 

Dans le même temps, l’ancien PDG de Renault-Nissan a été entendu comme témoin, mercredi 26 mai, à Beyrouth où il vit depuis sa fuite du Japon fin décembre 2019. Il a été interrogé par des magistrats français chargés d’enquêter sur la fraude aux contrôles antipollution chez Renault, selon une source judiciaire libanaise et des sources françaises proches du dossier.

« Six magistrats français, des procureurs et des juges d’instruction, ont commencé à 11H00 (8H00 GMT) l’audition de M. Ghosn », a ajouté la source libanaise. Une source française proche du dossier a confirmé que M. Ghosn était entendu comme « simple témoin » dans ce volet du dieselgate.

Les enquêtes françaises sur ce scandale, qui remonte à 2015, visent quatre grands constructeurs automobiles (Renault, Volkswagen, Fiat Chrysler et PSA) soupçonnés d’avoir faussé les contrôles antipollution sur les émissions de voitures fonctionnant au diesel.

M. Ghosn, qui n’a donc pas été auditionné en vue d’une éventuelle inculpation, avait été lourdement mis en cause, en novembre 2016, dans le rapport initial de la Répression des Fraudes (DGCCRF) ayant débouché sur l’ouverture d’une information judiciaire contre Renault pour « tromperie sur les qualités substantielles et les contrôles effectués ».

La DGCCRF estimait que « l’ensemble de la chaîne de direction » de Renault jusqu’à Carlos Ghosn, alors PDG, était impliquée. Le gendarme de Bercy assurait qu' »aucune délégation de pouvoir n'[avait] été établie par M. Ghosn », entraînant ainsi sa propre responsabilité, ce qu’avait démenti le groupe, qui conteste également toute fraude dans cette affaire.

Un agenda judiciaire chargé

L’audition de mercredi intervient quelques jours avant que d’autres magistrats français n’interrogent officiellement M. Ghosn, qui a les nationalités libanaise, française et brésilienne, dans le cadre de deux procédures judiciaires intentées contre lui en France.

À Nanterre (région parisienne), la justice le soupçonne d’avoir tiré un bénéfice personnel d’une convention de mécénat signée entre Renault et l’établissement qui gère le Château de Versailles, en y organisant deux soirées d’ordre privé.

Les enquêteurs se penchent aussi sur plusieurs millions d’euros de paiements signalés comme suspects entre RNVB et le distributeur du constructeur automobile français à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA).

Arrêté au Japon en novembre 2018, M. Ghosn avait passé 130 jours en détention, avant de fuir de manière rocambolesque au Liban.

Faisant l’objet d’un mandat d’arrêt d’Interpol, il est contraint de rester au Liban, alors que d’autres personnes sont jugées ailleurs pour des liens présumés avec son affaire.

Avec AFP

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