Des étudiants d’Oxford décrochent le portrait d’Elizabeth II, symbole, selon eux, du «passé colonial» britannique

Monde

Des étudiants du Magdalen College ont décidé de décrocher le portrait de la reine d’Angleterre de leur salle commune. Leur présidente les soutient, le ministre de l’Éducation est furieux, et la polémique secoue tout le Royaume-Uni.

«How dare they ! (comment osent-ils, NDLR)» titre mercredi 9 juin la une du Daily Express, précisant : «Oxford students cancel our Queen». Le tabloïd conservateur fait référence à une décision prise par une association d’étudiants du Magdalen College, l’un des plus prestigieux établissements de l’université d’Oxford, responsables de la gestion de la salle commune des élèves de troisième cycle. Ceux-ci ont voté en assemblée générale le retrait d’un portrait de la reine d’Angleterre, qu’ils avaient acquis en 2013 pour décorer l’un des murs, au motif que «le monarque et la monarchie britanniques représentent l’histoire coloniale récente» du pays, comme le relate The Guardian .

Ce changement de décoration qui semble être mû par autre chose que de simples considérations esthétiques, donc, a fini par faire grand bruit. Mardi soir, c’est le secrétaire d’État à l’Éducation himself, Gavin Willliamson, qui s’emportait dans un tweet contre une décision «simplement absurde» , décrivant le règne d’Elizabeth II comme «un symbole de ce que le Royaume-Uni a de meilleur».

La lecture historique opérée par les étudiants, au demeurant très sommaire, n’a pas manqué non plus d’être épinglée. «La reine a justement présidé à la décolonisation britannique !», s’étrangle Alan Sked, un professeur émérite d’histoire internationale à la London School of Economics, qui a lui-même été président de la salle commune d’un collège d’Oxford lors de ses études.

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Soutenus par la directrice du collège

Mais les iconoclastes d’Oxford sont loin d’avoir fait l’unanimité contre eux. Presque au même moment, la présidente du Magdalen College, Dinah Rose, défendait au contraire le «droit à l’autonomie» de la salle commune du campus, dont elle précise au passage que les décisions n’engagent toutefois pas la direction du collège, et insinue même que, loin de s’en émouvoir, la reine «défendrait probablement les traditions de liberté de débat et de démocratie» de l’établissement. Quant à ceux qui s’inquiéteraient de ce que deviendra le portrait, elle les rassure : «Peut-être que les étudiants vont voter pour le raccrocher, peut-être pas. Pendant ce temps, le portrait sera conservé dans un endroit sûr.» C’est la suite de son message qui a mis le feu aux poudres. Elle ajoute : «Être étudiant, ce n’est pas seulement étudier. C’est explorer les idées, en débattre. C’est, parfois, provoquer les anciennes générations. Remarquez qu’en ce moment, ce n’est pas très difficile.» Certains apprécieront.

L’ennui, c’est que pour explorer les idées ou en débattre, il faut aussi qu’il y ait des contradicteurs. Ce qui semble de moins en moins le cas à l’université, juge le gouvernement britannique, qui s’est lancé dans une campagne en faveur de la liberté d’expression sur les campus. Le mois dernier, le ministre a ainsi déposé un projet de loi visant à contraindre davantage qu’auparavant les établissements d’enseignement supérieur britanniques à respecter le pluralisme et à garantir à tous une réelle liberté d’expression. Cette loi prévoit notamment de nommer un «directeur de la liberté d’expression» au sein de l’administration de l’enseignement supérieur, ainsi que d’exiger des garanties de la part des syndicats étudiants afin de s’assurer qu’ils ne réduisent personne au silence, sous peine de sanctions.

Une loi «excessive» compte tenu de la tolérance qui règne dans les universités britanniques, jugent ses adversaires. Tolérance dont la reine, manifestement, semble donc pour le moment exclue.

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