En France, un 1er-Mai encore sous Covid-19, les syndicats dans la rue

France

Après un 1er mai 2020 sans manifestations, les syndicats étaient de retour dans la rue cette année pour la Journée internationale des travailleurs. Selon la CGT, plus de 150 000 personnes ont manifesté en France, dont 25 000 à Paris, malgré la pluie et les restrictions dues au Covid-19.

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Du muguet et des manifestations : pour la deuxième année consécutive, les syndicats ont célébré, samedi 1er mai, la journée internationale des travailleurs à l’aune du Covid-19, mais cette fois la mobilisation sociale a repris des airs classiques dans la rue.

Un total de 106 650 personnes ont manifesté en France, dont 17 000 à Paris, a indiqué le ministère de l’Intérieur, la CGT dénombrant, elle, 150 000 manifestants sur l’ensemble du territoire, dont 25 000 dans la capitale.

Le ministère a dénombré 281 manifestations dans le pays et 56 interpellations, dont 46 à Paris. Il a également fait état de six policiers blessés, dont trois dans la capitale.

En 2019, le ministère de l’Intérieur en avait comptabilisé 164 000 et la CGT 310 000. L’année dernière les syndicats avaient organisé un 1er-Mai virtuel en raison des restrictions liées au confinement.

« L’an dernier, il y a eu de la frustration de ne pas pouvoir défiler. Nous reprenons nos bonnes habitudes », s’est réjouit le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, après un 1er mai 2020 confiné. Alors que la situation sanitaire reste délicate, « on n’est pas inconscients (..) on fait attention, on est masqués », a-t-il assuré samedi sur Europe 1.

La centrale de Montreuil a appelé, avec FO, la FSU et Solidaires à faire du 1er mai une « journée de mobilisation et de manifestations », « pour l’emploi, les salaires, les services publics, la protection sociale, les libertés et la paix dans le monde ».

La CGT a comptabilisé près de 300 manifestations dans l’Hexagone, notamment à Nantes, Marseille ou encore Lyon.

« Il faut absolument s’exprimer »

Emploi, salaires, gestion de la crise du Covid-19 par le gouvernement, restrictions des libertés : dans les cortèges, les revendications étaient variées, la contestation de la réforme de l’assurance-chômage revenant de façon récurrente.

À Lyon, où 3 000 personnes ont défilé, selon la préfecture, un bref affrontement a éclaté en début de manifestation entre un petit groupe de « black blocks » et des policiers. Des vitrines et panneaux publicitaires ont été endommagés, a constaté un journaliste de l’AFP. La préfecture a fait état de quatre interpellations.

« Il y a tant de motifs de révolte qui s’accumulent, avec la gestion du Covid, les soi-disant réformes qui vont enlever les possibilités de vivre des gens, des chômeurs qui vont perdre leurs allocations. Il faut absolument s’exprimer », a plaidé Patricia, retraitée de 66 ans, coiffée d’un casque à cornes portant l’inscription « gauloise réfractaire ».

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À Marseille, sous une météo là aussi peu clémente, environ 3 500 manifestants, selon la préfecture, sont partis du Vieux-Port pour crier leur colère, notamment face à la réforme de l’assurance-chômage, tandis qu’à Rennes, ils étaient 2 000, selon FO.

À Nantes, la manifestation réunissait 3 750 personnes selon la préfecture, qui a fait état de « quelques heurts » momentanés liés à la présence d' »une centaine de personnes de l’ultra gauche ».

Plus d’un millier de personnes défilaient aussi dans le centre-ville de Toulouse sous une pluie fine, avec une importante délégation de Gilets jaunes, tandis qu’ils étaient entre 1 600 (police) et 4 500 (syndicats) en centre-ville de Bordeaux, dans un ensemble hétéroclite et coloré.

Tensions dans le cortège parisien

À Paris, le cortège est parti à 14 h de la place de la République en direction de celle de la Nation, à l’appel des quatre organisations syndicales et des mouvements de jeunesse Unef et UNL. Les numéros un de la CGT et de FO ont défilé côte à côte.

Il s’agit, a assuré Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, d’éviter que le mois de mai et les mois qui suivent soient « à l’identique » des derniers mois, « c’est-à-dire : des restructurations, beaucoup d’argent pour ceux qui en ont déjà beaucoup et encore moins pour ceux qui n’en ont pas, à l’exemple de la réforme de l’assurance chômage ». De son côté, Yves Veyrier de FO juge « important qu’on donne ce signal que les syndicats sont là et qu’ils seront là demain ».

Quelques tensions ont rapidement émaillé le cortège. Après une grosse demi-heure de défilé, la situation s’est tendue, entraînant l’intervention de la brigade de répression de l’action violente contre une « tentative de constitution de black bloc », a-t-on appris de source policière. Avant le départ de la manifestation, encadrée de près par les forces de l’ordre, la préfecture avait fait état de 17 interpellations.

Les fauteurs de trouble étaient estimés à « quelques centaines », tandis que 5 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés dans la capitale, de source policière.

La vitrine d’une succursale de la Société générale, située boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement de la capitale, a été dégradée. Les vitres d’un abribus situé à proximité ont également été détruites.

Des projectiles ont été lancés en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène ou avec des grenades de désencerclement. Un policier, manifestement blessé, a été évacué par les pompiers, a constaté une journaliste de l’AFPTV.

À l’arrivée du cortège place de la Nation vers 18 h, des affrontements se sont produits entre militants syndicalistes et certains manifestants. Des membres de la centrale ont été pris à partie par des manifestants scandant « CGT collabos », « social traîtres », a constaté un journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre sont également intervenues avec un canon à eau pour disperser des manifestants. 

Au total, la préfecture de police a fait état de 46 interpellations. Quatorze personnes ont été placées en garde à vue, selon le parquet.

La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a condamné « très fermement » les perturbations ayant émaillé certains défilés. « Je trouve scandaleux que ces casseurs, les blacks blocs, aient voulu voler ce moment aux organisations syndicales », a-t-elle déclaré sur Europe 1.

À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, la gauche radicale était notamment de la partie, annonçant un cortège « ‘Commune’ en tête de manif ». Des Gilets jaunes ont aussi rejoint la place de la République.

En 2019, Philippe Martinez avait dû quitter le carré de tête, pris dans des affrontements entre la police et des « black blocs ».

« Printemps offensif »

À un an de la présidentielle, certains responsables politiques de gauche ont pris part aux cortèges, tels Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Fabien Roussel (PCF) à Lille, ce dernier affirmant qu' »on commence à exploser de colère, de revendications ». Olivier Faure (PS) et Julien Bayou (EELV) devaient quant à eux défiler dans la capitale.

Alors qu’Emmanuel Macron a dévoilé jeudi un calendrier du déconfinement « en quatre étapes », qui devrait s’accélérer entre le 19 mai et le 30 juin, la CGT espère que le 1er mai sera le début d’une montée en puissance des mobilisations.

Philippe Martinez prévient déjà que « d’autres journées d’action en mai et juin scanderont ce printemps offensif ».

FO entend aussi montrer que « s’il faut monter au créneau contre un retour du dossier des retraites, on y montera ».

Avec AFP

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