États-Unis : le plan Biden contre le terrorisme d’extrême droite

Monde

Dans un document de 32 pages, l’administration américaine présente sa stratégie pour lutter contre le terrorisme intérieur, et plus particulièrement contre les menaces issues des milieux suprémacistes blancs et des milices extrémistes.

L’administration Biden s’attaque au «domestic terrorism», ou terrorisme intérieur. Dans un document de 32 pages publié le 15 juin, le gouvernement américain pose les bases d’une stratégie contre ce qu’il décrit comme «menace la plus urgente à laquelle les États-Unis sont confrontés aujourd’hui».

Le texte ne fait pas de mystère sur ses deux cibles principales : le suprématisme blanc et les milices «anti-gouvernementales». Lors d’une prise de parole mardi, le procureur général américain Merrick Garland (équivalent du ministre de la justice) a directement évoqué l’invasion du capitole par les partisans de Donald Trump le 6 janvier dernier comme élément déclencheur. Le document a été demandé par Joe Biden dans la foulée, dès les premiers jours de sa prise de fonction. «De l’avis du FBI, la principale menace extrémiste violente domestique vient des extrémistes violents à motivation raciale ou ethnique, en particulier ceux qui ont plaidé pour la supériorité de la race blanche», a précisé le procureur général.

Selon le document, les terroristes potentiels sur le territoire américain «épousent une série de motivations idéologiques violentes», y compris «le sectarisme et la haine raciale ou ethnique, ainsi que des sentiments anti-gouvernementaux ou anti-autorité». Ces terroristes «prennent diverses formes», du loup solitaire aux petits groupes «exhortant et ciblant la violence contre des communautés spécifiques», en passant par des milices autoproclamées et violentes.

Sortir du tout-sécuritaire

La stratégie mise en œuvre repose sur quatre piliers. Le partage des informations entre les agences gouvernementales, la prévention du recrutement, la perturbation des activités terroristes, la confrontation des «contributeurs à long terme» soit la lutte contre la désinformation et les discours de haine.

Le document se présente plus comme un manifeste que comme une feuille de route précise. Dans un discours prononcé mardi, le procureur général américain Merrick Garland a annoncé qu’il convoquerait un groupe de travail inter-agences dédié à la lutte contre le terrorisme intérieur dans les «jours et mois à venir».

Cette stratégie s’accompagne de moyens nouveaux : 77 millions de dollars seront ainsi alloués aux États et aux collectivités locales dans le cadre de la lutte contre ce terrorisme intérieur. Une somme qui doit s’ajouter aux 100 millions de dollars déjà demandés par l’administration Biden dans sa proposition de budget pour former et embaucher des analystes et des procureurs. «La menace est élevée, a justifié le procureur général. S’y attaquer signifie s’assurer que nous avons les ressources et le personnel nécessaires pour faire face à cette menace élevée.»

Cette approche innove de manière significative en élargissant l’approche américaine au-delà du risque, pour se concentrer également sur la résilience

Cynthia Miller-Idriss

Le gouvernement entend mettre en place des mesures pour déceler au plus tôt une possible radicalisation, notamment au sein de l’armée, considérée comme un vivier important de suprémacistes. La stratégie se focalise aussi sur la santé publique et l’environnement social pour prévenir le processus de radicalisation. Le document pose la nécessité d’une collaboration plus étroite avec les écoles, les parents et les prestataires de soins de santé mentale tout en soulignant la nécessité d’une éducation aux médias et à internet. Pour Cynthia Miller-Idriss, chercheur et auteur de l’ouvrage Hate in the Homeland : The New Global Far Right (non traduit). Cette approche «innove de manière significative en élargissant l’approche américaine au-delà du risque, pour se concentrer également sur la résilience».

Le quatrième pilier de la stratégie, qui entend s’attaquer aux «contributeurs à long terme du terrorisme intérieur», propose aussi un changement de cap significatif. Son objectif est défini comme la lutte contre «la haine raciale, ethnique et religieuse», ainsi qu’une surveillance plus étroite des «flux d’armes à feu».

Cet aspect se double là encore d’un effort pour lutter contre la désinformation et les théories du complot. Cette profession de foi s’accompagne d’une promesse : celle de protéger «avec vigilance l’expression pacifique d’un large éventail d’opinions et la liberté d’association politique». Seulement, dans un pays fracturé, la lutte contre les discours de haine ou la désinformation, notamment en ligne, a parfois été assimilée à de la censure. «Si l’administration s’entend avec Big Tech pour des motifs de sécurité nationale pour contrôler tout contenu qu’elle juge répréhensible, le silence de la dissidence dans la sphère numérique pourrait bien devenir un fait accompli. Ce serait une catastrophe nationale», écrivait ainsi Ben Weingarten, chercheur au London Centre for Policy Research, dans les colonnes de Newsweek .

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