Iran : qui est Ebrahim Raïssi, le prochain président de la République islamique ?

Monde

PORTRAIT – Ultraconservateur et partisan assumé de l’ordre, le religieux figure sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour «complicité de graves violations des droits humains».

Toujours coiffé de son turban noir et vêtu d’un long manteau de religieux, le prochain président iranien, Ebrahim Raïssi, est un homme austère qui se présente comme le champion des classes défavorisées et de la lutte contre la corruption. Chef de l’Autorité judiciaire, cet hodjatoleslam (rang inférieur à ayatollah dans le clergé chiite) de 60 ans, ultraconservateur et sans états d’âme, est un partisan assumé de l’ordre.

Il figure sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour «complicité de graves violations des droits humains», accusations balayées comme nulles et non avenues par les autorités de Téhéran. Ayant promis une «lutte incessante contre la pauvreté et la corruption», il a été élu avec plus de 62% des voix au premier tour de la présidentielle vendredi, pour succéder, en août, au modéré Hassan Rohani, selon des résultats quasi définitifs. C’était sa deuxième participation à une présidentielle. En 2017, il avait échoué avec 38% des voix face à Rohani, réélu au premier tour.

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Une longue carrière judiciaire

Né en novembre 1960 dans la ville sainte de Machhad (Nord-Est), Ebrahim Raïssi est nommé procureur général de Karaj, à côté de Téhéran, à seulement 20 ans, dans la foulée de la victoire de la Révolution islamique de 1979. Il restera plus de trois décennies dans le système judiciaire : procureur général de Téhéran de 1989 à 1994, il est chef adjoint de l’Autorité judiciaire de 2004 à 2014, année de sa nomination au poste de procureur général du pays.

En 2016, le guide suprême Ali Khamenei le place à la tête de la puissante fondation caritative Astan-é Qods Razavi, qui gère le mausolée de l’Imam-Réza à Machhad ainsi qu’un immense patrimoine industriel et immobilier. Trois ans plus tard, il le nomme chef de l’Autorité judiciaire. Sans grand charisme et toujours coiffé d’un turban noir de «seyyed» (descendant de Mahomet), Raïssi, barbe poivre et sel et fines lunettes, a suivi les cours de religion et de jurisprudence islamique de l’ayatollah Khamenei.

Selon sa biographie officielle, il enseigne lui-même depuis 2018 dans un séminaire chiite de Machhad. Plusieurs médias iraniens voient en lui le possible successeur du Guide suprême, 82 ans cette année. Raïssi est d’ailleurs membre du bureau directeur de l’Assemblée des experts, à qui il revient de nommer le Guide.

Rassembler la société iranienne

Marié à Jamileh Alamolhoda, professeure de sciences de l’éducation à l’université Chahid-Béhechti de Téhéran, avec laquelle il a eu deux filles diplômées du supérieur, Ebrahim Raïssi est le gendre d’Ahmad Alamolhoda, imam de la prière et représentant provincial du Guide à Machhad, deuxième ville d’Iran. Sans doute conscient qu’il lui faut tenter de rassembler une société iranienne divisée sur la question des libertés individuelles – sur laquelle Rohani a déçu autant qu’il a promis –, il s’est engagé à être le défenseur de la «liberté d’expression», des «droits fondamentaux de tous les citoyens iraniens» et de la «transparence».

Des promesses auxquelles les réformateurs et modérés ne croient pas un instant, voyant en Ebrahim Raïssi un épouvantail dont ils dénoncent l’inexpérience politique, qui le rendrait selon eux inapte à gouverner. Lui dit vouloir former un «gouvernement du peuple pour un Iran puissant» et promet d’exterminer les «foyers de la corruption», fort de ce qu’il a entrepris au sein de l’Autorité judiciaire, où les procès pour corruption largement médiatisés visant de hauts dignitaires de l’État se sont multipliés, mais aussi, fait nouveau, des procès contre des juges.

Exécutions massives

Pour l’opposition en exil et des organisations de défense des droits humains, le nom de Raïssi reste associé aux exécutions massives de détenus marxistes ou de gauche en 1988, à l’époque où il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Interrogé en 2018 et en 2020 sur cette page noire de l’histoire récente, il a nié y avoir joué le moindre rôle, mais a rendu «hommage» à l’«ordre» donné selon lui par l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, de procéder à cette épuration.

Partisan de la manière forte face au Mouvement vert, contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle de 2009, il déclara à l’époque : «À qui nous parle de « compassion islamique et de pardon », nous répondons : nous allons continuer d’affronter les émeutiers jusqu’à la fin et nous déracinerons la sédition.»

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