Judo – Cyrille Maret, un dernier Championnat du monde pour la route ?

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«Toutes les bonnes choses ont une fin». C’est avec ce vieux proverbe et son éternel sourire que Cyrille Maret a évoqué pour Le Figaro les Championnats du monde de Budapest. «J’ai envie de réussir cette compétition, car je ne sais pas ce que demain me réserve», confie-t-il. «Je veux profiter au maximum lors d’une compétition où je n’ai jamais réussi à ramener une médaille en individuel. Je suis totalement relâché, libéré de beaucoup de choses car je sais déjà que ce sera mon dernier en moins de 100kg. Je vais prendre ce qu’il y aura à prendre. Je sais que je suis plus proche de la fin que du début, mais je ne m’interdis rien non plus. Après ce Championnat du monde, je prendrais le temps de me poser tranquillement avec les personnes qui comptent beaucoup pour moi afin de prendre la bonne décision quant à mon avenir.» Une manière pour lui de laisser la porte ouverte même si, au ton de sa voix, l’issue parait inéluctable. Pour plusieurs raisons.

Encore quelques séquelles de son grave accident de scooter

Physiquement, déjà. Alors qu’il fêtera ses 34 ans cet été, Maret a beaucoup donné sur les tatamis. Pire, le 14 octobre dernier, il était victime d’un grave accident de scooter alors qu’il se rendait à l’entraînement à l’Insep. Conséquence, une luxation postérieure de la hanche, une longue immobilisation et, encore aujourd’hui, des séquelles. «J’ai eu des petites douleurs jusqu’au stage en Espagne il y a environ un mois, raconte-t-il. Il a fallu que je fasse du renforcement musculaire pour y mettre fin, même si sur un mouvement, l’O-uchi-gari, je ressens parfois comme des coups de jus dans la hanche. Cela m’engourdit totalement et cela repart au bout de quelques minutes. Quand cela m’arrive à un entraînement, je m’arrête et je peux repartir après mais pendant un combat en compétition, ce sera compliqué. Du coup, je suis obligé d’éviter au maximum de faire ce mouvement, même s’il faisait partie de mon système d’attaque. Donc physiquement, je suis vraiment bien sur les mains mais mon judo manque de percussion en attaque, dans mes déplacements.»

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Forcément, une telle blessure pousse à s’interroger sur la suite de sa carrière, et plus encore sur sa vie d’après. «Les médecins ne peuvent pas me donner de certitudes sur mon avenir si je continue. Ce que je sais, c’est que j’ai eu une grave blessure qui a très sérieusement abimé mon articulation au niveau de la hanche. Si je continue de forcer dessus, je vais forcément accélérer l’usure précoce du cartilage. Il est quasi certain que d’ici dix ou quinze ans, je sois contraint d’avoir une prothèse à la hanche. Maintenant, si je poursuis ma carrière d’athlète de haut niveau, il est évident qu’il y a un risque que cette prothèse, je doive l’avoir dans cinq ou six ans finalement. Ce qui n’est pas mon but. Donc aujourd’hui, je fais passer ma santé avant tout et j’ai tiré un trait sur Paris 2024.» Ainsi que sur Tokyo 2020, puisque le staff de l’équipe de France lui a préféré Alexandre Iddir.

Un choix que le médaillé de bronze à Rio en 2016 comprend, même s’il regrette le timing employé. «Ce qui me dérange, c’est que la règle qui avait été annoncée au départ a changé en cours de route, ce qui est dommage. J’avais demandé, après mon accident, quel était le programme qui était envisagé me concernant et on m’avait dit que cela irait jusqu’aux Championnats du monde. Finalement, la sélection a été annoncée avant. Les paroles n’ont pas été respectées, je suis un peu amer là-dessus mais je respecte le choix. Alexandre est devant moi et je ne peux pas me permettre de critiquer sa sélection, surtout que c’est un ami. C’est juste le mode de fonctionnement qui m’a un peu déçu.»

«Ne pas participer aux Jeux, oui, cela fait mal, c’est dur à accepter mais je n’avais qu’à être meilleur et il y a beaucoup plus grave dans la vie.»

Cyrille Maret

Une déception, mais pas réellement de colère alors que celle-ci aurait été légitime. Sans le report des Jeux en raison de la crise sanitaire, Maret aurait eu toutes ses chances de les disputer en 2020. Ou sans cet accident, il aurait pu jouer sa carte jusqu’au bout cette année. Mais le sort s’est avéré contraire. Ce qu’il prend sans amertume : «La seule colère que j’ai, elle est vis-à-vis de moi lors de cet accident, dont je suis le seul fautif. Mais d’un autre côté, je m’estime chanceux car je suis encore là pour en parler, ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans la même situation. J’aurais très bien pu mourir ce jour-là alors qu’aujourd’hui, je peux encore profiter de mes deux enfants. Désormais, je vis au jour le jour. Et bien sûr que le Covid a tout bousculé et que j’aurais eu plus de chance de faire les Jeux l’an dernier que cette année. Mais je ne vais pas me plaindre quand je vois ce que vivent de nombreux commerçants et restaurateurs. Ne pas participer aux Jeux, oui, cela fait mal, c’est dur à accepter mais je n’avais qu’à être meilleur et il y a beaucoup plus grave dans la vie.»

Une philosophie à l’image de ce judoka devenu, avec le temps et les absences de Teddy Riner, le véritable leader de la discipline chez les hommes. Six fois médaillé aux Championnats d’Europe – dont deux fois en argent (2017 et 2018) -, ancien numéro 1 mondial de sa catégorie et donc médaillé de bronze des derniers Jeux, Maret laissera un grand vide, aussi bien sportivement qu’humainement. Mais quel que soit son résultat lors des Championnats du monde de Budapest, cela ne changera rien à sa réflexion : «Une médaille lors de ces Mondiaux ne pèsera pas dans mon choix. Ce serait un aboutissement et une vraie fierté que de pouvoir ajouter une ligne à mon palmarès, mais je veux éviter l’année de trop. Cela fait déjà deux ans que je suis un peu dans le dur avec tout le contexte et autre, et je n’ai pas envie de vivre cela.» Pour tout ce qu’il a accompli durant sa carrière, il serait beau qu’il parte par la grande porte, sur le seul podium qui manque à son palmarès.

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