Judo – Marie-Eve Gahié : «Je suis en mode reconquête»

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Marie-Eve, dans quel état d’esprit êtes-vous au moment d’aborder ces Championnats du mondes ? Avez-vous digéré votre non-sélection pour les Jeux olympiques ?
Marie-Eve Gahié : Je vais bien. La phase «déception» est passée. Je vais mieux, j’ai pris le temps de digérer, comme vous dîtes, et là je suis en mode reconquête (rires). Je suis motivée à l’idée de disputer ces Championnats du monde.

Avez-vous pris le temps d’analyser ce qu’il s’est passée aux Championnats d’Europe, avec une élimination très précoce ?
(Elle hésite) Sur ma défaite, déjà, je remets en question la décision arbitrale. Mais je n’aime pas me chercher des excuses pour autant. Maintenant, ces Championnats d’Europe sont passés, j’ai tourné la page et maintenant je suis focus sur les Mondiaux.

Pensez-vous vous être mis trop de pression, puisque tout le monde savait que le billet pour Tokyo s’y jouerait entre vous et Margaux Pinot ?
Oui, sans doute, mais comment voulez-vous ne pas vous en mettre trop quand vous savez qu’elle sera décisive pour la qualification olympique, qui est votre objectif majeur de l’année, et même des quatre dernières ? Donc bien sûr qu’il y avait beaucoup de pression. Mais est-ce celle-ci qui m’a fait perdre ? Je ne pense pas. J’ai juste pas fait le taf. Je n’ai pas envie de chercher trop de raisons. Je n’ai pas fait ce qu’il fallait et la sanction est tombée de manière radicale, avec une sortie dès le 1er tour.  

Au moment de l’annonce de la sélection pour Tokyo, avez-vous eu quand même un petit sentiment d’injustice ?
J’étais au courant, donc je m’étais préparée. La donne était claire puisque lors de la première annonce de la sélection olympique, il n’y a eu que ma catégorie qui restait en suspens, ce qui indiquait que tout se jouerait lors des championnats d’Europe. Et ensuite, en perdant d’entrée, je n’avais plus les cartes en mains et j’ai abrégé malheureusement le suspense.

Regrettez-vous de ne pas avoir bénéficié du crédit d’être championne du monde en titre et numéro 1 mondiale ?
Oui, c’est sûr que j’aurais préférée être plus protégée après mon titre de championne du monde de 2019. Mais j’accepte aussi le jeu de la concurrence avec Margaux. Dans d’autres sports, être championne du monde offre davantage de garanties, mais c’est comme ça. Je dois l’accepter.

On sait que vous êtes très croyante. Estimez-vous que le destin vous a joué un très mauvais tour avec cette pandémie et ce report d’un an ? En 2020, il ne faisait quasi aucun doute que vous auriez été la représentante française en moins de 70kg…
Par rapport à ma croyance, je le prends davantage comme une épreuve spirituelle et personnelle que comme un mauvais sort. C’est à moi de réussir à me relever de cette épreuve. Voilà, je n’irai pas aux Jeux mais ce n’est ni la fin de ma carrière, ni celle de ma vie. Il y a d’autres challenges qui m’attendent. Bien sûr qu’il y a un an, cela aurait été une autre chanson mais cette pandémie est arrivée, et quand on voit tout ce qu’elle a déclenché, mon tout petit cas n’est pas important. Simplement, à la fin de ma carrière, j’espère pouvoir être fière d’avoir su relever la tête après cette étape-là. Je refuse de baisser les bras et de me dire que cela me saoule.

Donc vous abordez réellement ces Championnats du monde dans un état d’esprit positif, pas réellement revanchard…
Oui, je veux chercher un deuxième titre. Si je conquiers un deuxième titre et que je le prends avec amertume, je vais péter un câble (sourire).

«Je compte bien être beaucoup plus forte après cet épisode qu’avant»

Elle est incroyable cette équipe de France en termes de concurrence, avec des catégories où deux filles pourraient prétendre à l’or olympique…
Oui, clairement. Comme Larbi (Benboudaoud, le responsable de l’équipe de France) aime le dire, nous avons des problèmes de riches.

Cette concurrence interne avec Margaux Pinot, en général, vous porte-t-elle ou au contraire vous pèse-t-elle ?
J’essaie de me concentrer que sur mon parcours. Je ne calcule pas cette concurrence en fait. On peut me dire que je suis dans le déni, mais je pratique un sport individuel et je me focalise sur mon travail, sur mes combats, sur ma progression. Ce que Margaux fait de son côté, cela la regarde. Après, quand nous sommes amenées à nous affronter en compétition, oui, cette concurrence peut me porter.

Le report d’un an a quand même eu un avantage, au sens où Paris 2024 n’est plus que dans trois ans…
Exactement ! La proximité dans le temps me fait plaisir vu que je n’irais pas à Tokyo. Et je compte bien être beaucoup plus forte après cet épisode qu’avant.   

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