Karim Khan, un spécialiste des droits humains, devient procureur général de la CPI

Monde

Élu avec 72 voix sur 123 le 12 février, cet avocat britannique prend mercredi la succession de Fatou Bensouda à la Cour pénale internationale où il hérite de plusieurs dossiers brûlants.

Avant de prendre son nouveau poste, Karim Khan était sous-secrétaire général des Nations unies, où il dirigeait une enquête sur les crimes commis par l’État islamique en Irak. Il réclamait des procès semblables à ceux des dirigeants nazis à Nuremberg. Durant ses vingt-huit ans de carrière, le Britannique a par ailleurs eu des expériences des deux côtés du prétoire. Il a commencé à travailler en tant que procureur dans des juridictions internationales en 1997.

Ses premières affaires portaient sur les crimes de guerre en ex-Yougoslavie et sur le génocide des Tutsis au Rwanda. Il a ensuite été avocat dans des procès de la CPI et a défendu plusieurs grands noms. Il a notamment représenté le fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, le vice-président kényan William Ruto et l’ex-président libérien Charles Taylor. Il a également traduit en justice les assassins de l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, tué en 2005.

Bien qu’il ait acquis des connaissances considérables sur les dossiers internationaux, Karim Khan, 51 ans, va devoir faire face à de nombreux défis pendant ses neuf années de mandat. La juridiction de la Haye est confrontée à des remises en cause permanentes de sa légitimité. Seuls 123 États des 193 reconnus par l’ONU sont membres de cette institution créée en 2002. Au rang des absents, il y a notamment la superpuissance américaine, hostile à la cour depuis sa création, ainsi que la Russie, la Chine et Israël.

La question de la déportation d’Ouïghours du Tadjikistan

Il va également devoir reprendre des dossiers controversés de sa prédécesseure Fatou Bensouda, comme les enquêtes sur les crimes de guerre en Afghanistan et sur les affrontements israélo-palestiniens à Gaza en 2014. Ces investigations ont valu de nombreuses critiques à l’institution par les pays mis en cause. L’administration de Donald Trump a par exemple pris des mesures coercitives à l’encontre de l’ancienne procureure générale. Ses éventuels avoirs aux États-Unis ont été gelés et son passeport révoqué. Washington désapprouvait alors l’enquête sur les crimes contre l’humanité en Afghanistan et les opérations américaines. L’ex-premier ministre d’Israël Benyamin Netanyahou avait dénoncé l’enquête sur les agissements israéliens à Gaza et en Cisjordanie, qualifiant cette décision d’« antisémitisme sophistiqué ».

Le nouveau procureur général de la CPI va devoir se positionner sur un autre dossier brûlant : la répression de la minorité musulmane ouïgoure par Pékin. Sa prédécesseure avait décidé de ne pas ouvrir une enquête à ce sujet en décembre, déclarant qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour parler de « crime contre l’humanité » selon la définition de la CPI. Depuis, des sanctions envers la Chine ont été imposées par l’Union européenne et les États-Unis. La nouvelle administration américaine est allée jusqu’à faire état d’un « génocide ».

De nouvelles preuves attestant de la déportation d’Ouïghours du Tadjikistan, membre de la CPI, vers la Chine ont également été apportées devant la Cour par des avocats début juin. Le nombre de membres de cette minorité au Tadjikistan serait passé de 3 000 à 100 en une quinzaine d’années, la plus forte baisse ayant eu lieu entre 2016 et 2018. Les avocats ont signalé que des « responsables chinois sont directement intervenus au Tadjikistan. La CPI a donc juridiction sur ces gestes, qui débutent au Tadjikistan et se poursuivent en Chine ». Il reviendra donc à Karim Khan de déterminer si les nouveaux éléments sont suffisants pour ouvrir une investigation internationale.

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