La Tunisie malade de Rached Ghannouchi et de sa langue fourchue

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Le président d’Ennahdha a appelé, lors d’un séminaire sur les moyens de sortir l’économie tunisienne de la crise organisé par le parti islamiste le samedi 6 juin 2021 à Tunis, à l’unification de la voix de la Tunisie à l’étranger. Ce message est pour le moins hypocrite et déplacé. Car il traduit la mauvaise foi qui caractérise les dirigeants islamistes dont les paroles sont souvent sinon toujours en contradiction flagrante avec les actes. Et c’est là le principal mal dont souffre la Tunisie : la langue fourchue de Ghannouchi et de ses «frères musulmans, au pouvoir sans discontinuer depuis 2011. Et tant que ce mal ne sera pas extirpé, la Tunisie continuera à sombrer dans l’anarchie et la pauvreté.

Par Imed Bahri

«Ce message qu’il adresse aux plus hautes instances de l’Etat dont il incarne lui-même l’une des pièces maîtresses, à savoir l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), est pour le moins bizarre», commente un ancien diplomate. Il explique : «Par cette déclaration, Ghannouchi reconnaît implicitement qu’un grand cafouillage règne dans la diplomatie tunisienne et qui a coûté très cher à l’image de la Tunisie à l’étranger. En effet, on ne peut, en l’écoutant, ne pas penser au fait que les trois têtes de l’Etat, c’est-à-dire le président de la république, Kaïs Saïed, lui-même, mais en tant que président d’Ennahdha, a-t-on tenu à préciser, et le chef du gouvernement Hichem Mechichi, se sont rendus successivement, à quelques semaines d’intervalle, au Qatar, sans aucune coordination préalable ni concertation antérieure. Et c’est là une bizarrerie bien tunisienne.»

Fourberie, hypocrisie et double langage

Tout en se félicitant de «cette déclaration bien sage quoique tardive», l’ancien diplomate forme l’espoir que le chef islamiste en tiendra sincèrement compte et a mettra en application lui-même, ce qu’il n’a malheureusement pas fait jusque-là. Et on peut sérieusement douter de sa disposition à le faire, car l’homme, dont la fourberie n’a d’égal que l’hypocrisie, est passé maître, lui et les autres dirigeants d’Ennahdha, dans la politique qui consiste à faire exactement le contraire de ce qu’ils disent, en comptant sur la confusion qu’ils induisent dans l’opinion publique par les déclarations aux antipodes les unes de autres qu’ils ne cessent de faire dans les médias complaisants ou amnésiques.

Car pour revenir au contexte dans lequel Ghannouchi a fait sa déclaration, on notera qu’il a évité dans son discours d’ouverture du séminaire de faire le moindre mea culpa en parlant de la grave crise où se trouve aujourd’hui l’économie tunisienne, comme si lui et ses «frères islamistes», au pouvoir sans discontinuer depuis 2011, ne sont responsables de rien dans l’effondrement de l’économie, conséquence logique de l’instabilité provoquée par la montée de l’extrémisme religieux et de ses corollaires, les assassinats politiques et les attentats terroristes.

Des putschistes notoires qui agitent la menace de putsch

Ensuite, s’il est sincère dans son appel à unifier la voix de la Tunisie à l’étranger et son plaidoyer pour le dialogue national, pourquoi ne commence-t-il pas par faire amende honorable lui-même en enterrant la hache de guerre dans le conflit l’opposant au président Saïed, conflit qu’il a provoqué dès les premières semaines de son accession à la présidence de l’Assemblée en multipliant les gestes visant à provoquer ce dernier en marchant sur ses platebandes et en rognant sur ses prérogatives, déjà largement limitées par la Constitution de 2014, faite sur mesure par les islamistes dominant l’Assemblée nationale constituante ?

Pourquoi Ghannouchi ne commence-t-il pas par montrer sa bonne volonté en demandant à son gendre, Rafik Abdessalem, ancien ministre des Affaires étrangères, de mettre fin à ses attaques quasi-quotidiennes dans les réseaux sociaux contre le président de la république, accusé entre autres stupidités de «velléités putschistes», accusation reprise en chœur par la plupart des dirigeants islamistes et de leurs obligés et alliés des autres blocs parlementaires, et pas seulement dans leurs déclarations médiatiques, puisque des pages dans les réseaux sociaux, sponsorisés et visiblement financées par Ennahdha, n’arrêtent pas d’insulter le président de la république, du matin au soir, et d’appeler à sa destitution, en colportant, tous les jours de la semaine, des mensonges à son égard.

Le putschiste, le vrai, on ne le connaît que trop, et il a des antécédents dans ce domaine : c’est le mouvement Ennahdha, dont certains dirigeants ont reconnu dans leurs mémoires, notamment Feu Moncef Ben Salem, avoir constitué, dans les années 1980, une organisation militaire secrète et préparé un coup d’Etat contre l’ancien président Habib Bourguiba. Ce coup d’Etat, qui devait avoir lieu le 8 novembre 1987, avait été avorté, rappelons-le, par la prise de pouvoir, la veille, par Zine El-Abidine Ben Ali, alors Premier ministre et ministre de l’Intérieur, qui a sans doute eu vent de l’opération en préparation.

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