Lâché par ses ex-alliés, Benyamin Netanyahou joue sa survie

Monde

Naftali Bennett, chef de la droite radicale, se dit prêt à rejoindre une coalition hétéroclite anti-Bibi.

Envoyé spécial à Jérusalem

À mi-chemin entre un show de téléréalité et une série TV sur les rivalités pour le pouvoir, le spectacle de la politique israélienne présente chaque jour un nouvel épisode avec ses rebondissements et son suspense. Dimanche soir, Naftali Bennett, le leader de la droite religieuse radicale, s’est invité sur les écrans à l’heure du dîner pour annoncer qu’il lâchait finalement Benyamin Netanyahou et rejoignait le camp de Yaïr Lapid, le chef de l’opposition de centre gauche qui a jusqu’à mercredi minuit pour tenter de former un gouvernement avalisé par une majorité au Parlement. Le revirement est de taille. Il pourrait signifier la fin de l’ère Netanyahou. Une période qui a débuté voici vingt-cinq ans puis s’est prolongée sans discontinuité à partir de 2009.

Naftali Bennett n’agit pas par conviction idéologique. Depuis deux ans et quatre scrutins législatifs consécutifs, il n’est pas question de débats d’idées mais de règlements de comptes. Le premier ministre, longtemps considéré comme un «magicien» s’accroche à son poste sans parvenir, élection après élection, à dégager de véritable majorité dans un système à la proportionnelle favorisant les petits partis. Il parvient à survivre, pas à se pérenniser. Il s’appuie sur son socle d’électeurs inconditionnels, sans parvenir à convaincre les autres. Il s’est aliéné tous ses anciens amis à force de trahisons et de promesses non tenues. La droite de la droite ne lui fait plus confiance. Elle s’est alliée, dans un jeu à front renversé, à la gauche, au centre gauche et au centre droit, pour se tenter de se débarrasser de lui.

Sur le plan numérique, Yamina, de Naftali Bennett, le Nouvel Espoir, de Gideon Sa’ar, et Israel Beytenou, d’Avigdor Liberman pèsent peu, mais ils font pencher la balance en défaveur du pensionnaire de la Rue Balfour, la résidence du chef du gouvernement.

Comparé à Louis XVI

Riche homme d’affaires issu de la high-tech, Naftali Bennett fut l’ancien ministre de la Défense de Benyamin Netanyahou, Gideon Sa’ar, son partenaire au Likoud, le parti dominant dans le pays, et Avigdor Liberman, l’adversaire des ultraorthodoxes, son bras droit et plus proche conseiller.

Benyamin Netanyahou avait imaginé qu’il pourrait se passer de la plupart d’entre eux en favorisant l’émergence d’un pool d’extrême droite messianique. Il s’est trompé. Les messianiques ont refusé de le soutenir lorsqu’il était à la manœuvre pour former une équipe gouvernementale. Leur vote à la Knesset devait se mêler à ceux de députés arabes islamo-conservateurs dont le premier ministre s’était attiré les grâces. Incapable de constituer un attelage, Benyamin Netanyahou a cédé la main à Yaïr Lapid.

L’ancien présentateur vedette de télé mise sur une coalition hétéroclite anti-Bibi pour s’imposer. Il est prêt à céder le fauteuil de chef de gouvernement à Naftali Bennett dans un système de rotation. Il dit vouloir s’allier aux autres partis pour chasser le «roi Netanyahou» de son trône, un «roi» comparé, avec sa femme Sarah, par ses opposants à Louis XVI et à Marie-Antoinette.

Fervent partisan de la droite religieuse sioniste, le patron de Yamina est un grand défenseur des colons de Cisjordanie. Il y a trois semaines, lorsque les roquettes ont commencé à pleuvoir sur Israël depuis Gaza, il semblait vouloir se rallier au premier ministre par intérim au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Il a changé d’avis, car il est convaincu que Benyamin Netanyahou ne parviendra pas à dégager une majorité stable. Les analystes politiques israéliens estiment que son ambition est de prendre sa place à la tête du Likoud pour diriger la droite.

En attendant, les pro-Bibi se mobilisent contre lui, et les autres figures de Yamina comme Ayeled Shaked, l’ex-ministre de la Justice. Ils les harcèlent devant leurs domiciles. Tous sont sous protection policière. Les médias sociaux sont inondés d’insultes tandis que les émissaires du premier ministre se répandent en flatteries et en menaces.

Entente de circonstance

Il reste à Yaïr Lapid à conclure des accords avec le centre droit et Nouvel Espoir pour le partage des portefeuilles. Il doit aussi assurer une entente de circonstance avec des députés arabes pour un soutien sans participation. Il s’agirait d’un arrangement sans précédent, alors que la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes a volé en éclats dans les villes mixtes.

La route paraît encore incertaine et truffée de chausse-trappes. «Jusqu’à la formation du gouvernement, il y a encore beaucoup d’obstacles, nous verrons dans les jours qui viennent si nous pouvons trouver des compromis intelligents» a commenté avec prudence Yaïr Lapid. Bien qu’usé et poursuivi par la justice, Benyamin Netanyahou n’a pas dit son dernier mot. Il qualifie ce projet «d’arnaque du siècle» et parie sur de cinquièmes élections.

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