Le spectre de la famine menace la région du Tigré

Monde

À la veille du sommet du G7, les États-Unis et l’Union européenne appellent à lutter contre un début de famine. Depuis le début du conflit en novembre dernier, la situation sécuritaire et sanitaire se dégrade.

« La famine est peut-être déjà en cours dans certaines zones, menaçant la vie de centaines de milliers de personnes. C’est inadmissible », alerte Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine aux Nations unies jeudi 10 juin lors d’une visioconférence organisée avec l’Union européenne. Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenaric, appelle à « agir directement et indirectement, rapidement et avec vigueur ». 350 000 personnes sont menacées de famine dont 30 000 enfants selon l’UNICEF. L’ONU affirme que 90% des cinq millions de Tigréens ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

Pour comprendre cette situation, il faut revenir en 1994. Avec la nouvelle constitution, l’État est divisé en plusieurs régions à base ethnique. Le pays est alors dirigé par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), majoritairement composé de Tigréens qui représente pourtant 6% à l’échelle nationale. Son hégémonie est remise en question en 2018 par des protestations populaires amenant à la démission du premier ministre Hailé Mariam Dessalegn. Il est remplacé par Abiy Ahmed issu de l’ethnie Oromo par son père et Amhara par sa mère. Rapidement, le nouveau premier ministre réforme l’Éthiopie : libération de prisonniers politiques, espace démocratique plus ouvert et paix avec l’Érythrée. Ses efforts lui permettent de décrocher le prix Nobel de la paix en 2019.

Un conflit qui empire depuis huit mois

En août 2020, les élections législatives sont reportées à cause de la crise sanitaire. Le front de libération du peuple du Tigré (FLPT), qui se sent marginalisé depuis l’accession au pouvoir d’Abiy Ahmed, devient séparatiste et attaque l’armée éthiopienne le 4 novembre. Le lendemain, le premier ministre déclare l’état d’urgence et envoie l’armée dans la région. Elle est aidée par des forces venues d’Érythrée, voisine du Tigré, et de la région de l’Amhara, région frontalière au Tigré. Des rumeurs de massacres, de viols et de pillages entraînent les États-Unis à dénoncer en mars 2021 un « nettoyage ethnique » au Tigré. Malgré la promesse d’une guerre rapide, la situation semble s’enliser, le gouvernement contrôlant les villes et les principales routes et le FLPT bénéficiant de soutiens dans les campagnes.

Cette dégradation sécuritaire empêche les organisations internationales d’acheminer l’aide à la population. En représailles, les États-Unis ont imposé des restrictions de visa à des responsables Érythréens et Éthiopiens soupçonnés d’attiser le conflit et l’Union européenne a gelé le versement de 50 millions d’aide budgétaire à l’Éthiopie. Les combats ont empêché les récoltes dans de bonnes conditions, la pandémie de Covid-19 ayant empiré la situation. Le spectre de la famine se réveille dans la région du Tigré.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *