NBA : arme de dissuasion massive, Gobert meilleur défenseur pour la troisième fois

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Le pivot international tricolore du Jazz a été élu meilleur défenseur de la NBA avec une large avance.

Jamais deux sans trois. Pour la troisième fois en quatre ans, Rudy Gobert hérite du titre de meilleur défenseur de la NBA en 2021, après 2018 et 2019. Il succède à Giannis Antetokounmpo au palmarès et rejoint un club très fermé : seuls Dikembe Mutumbo, Ben Wallace (quatre fois) et Dwight Howard (trois fois) ont décroché la timbale à trois reprises et plus. «C’est un effort de l’équipe, a réagi le pivot international français d’Utah, sur TNT . Il faut de la dureté, du travail et de la dévotion. Il faut avoir l’envie, chaque jour, de faire en sorte que votre équipe soit la meilleure possible de ce côté du terrain. Il faut une organisation, un staff technique et des coéquipiers qui croient en moi tous les jours. Et je leur rends leur confiance.» Plutôt deux fois qu’une… Grâce aux performances de leur Frenchy, ancien 27e choix de la Draft 2013, l’équipe basée à Salt Lake City est l’une des plus solides de la Ligue. Le Jazz a d’ailleurs terminé en tête au classement de la NBA en saison régulière (52v-20d), une première depuis les années Malone & Stockton. «On n’a pas le sentiment d’avoir fait grand-chose jusqu’ici, on veut gagner le titre», clame-t-il.

Évidemment, Utah, ce n’est pas que Rudy Gobert. Il y a aussi Donovan Mitchell, auteur de 45 points mardi soir lors de la victoire sur les Clippers au deuxième tour des play-offs (112-109), un staff emmené par l’entraîneur Quin Snyder et tout un groupe, aussi profond de talentueux, avec notamment l’expérimenté Mike Conley, le meilleur sixième homme de la saison Jordan Clarkson et toute une pelletée de shooteurs. «Clairement, je sens qu’on a un niveau de concentration collectif. Des titulaires aux remplaçants, chacun a le sentiment de faire partie du collectif, d’apporter sa pierre. Quand tu sens que tout le monde est concentré comme ça…», savourait le natif de Saint-Quentin (Aisne) en février dernier, dans les colonnes du Figaro . Mais quand même : avec la tour de contrôle Gobert dans la raquette, tout est forcément plus simple.

« Quand les joueurs essaient de m’attaquer, à moi de montrer que je suis là, et ça se traduit par plus de contres, tout simplement »

Rudy Gobert

Gobert, 28 ans, c’est 14,3 rebonds, 13,5 rebonds (2e de la NBA) et 2,7 contres (1er) de moyenne. Pas si impressionnant que cela ? Peut-être. Sauf que l’impact du Français ne se juge pas que dans ces chiffres. Et la dissuasion qu’il provoque par sa seule présence dans la peinture est énorme… Estimant qu’il n’a «jamais été aussi impactant cette saison défensivement», celui que l’on surnomme «The Stifle Tower» ou encore «The French Rejection» décrit ainsi son influence sur le plan défensif et le «cap» qu’il a franchi : «Il y a des matches où je ne fais aucun contre mais où je me trouve meilleur défensivement que sur d’autres parties lors desquelles je termine avec quatre ou cinq contres. C’est une question de placement. Il y a des joueurs qui ne vont même pas essayer de tirer en me voyant… Ils vont passer, faire un marcher, une faute offensive… Et au final, c’est même mieux qu’un contre parce qu’on a la balle directement !» Gobert a toutefois réalisé 190 contres en 2020-21, au moins 31 de plus que n’importe quel autre joueur… «Certains joueurs essaient plus que d’autres de m’attaquer. Quand les joueurs essaient de m’attaquer, à moi de montrer que je suis là, et ça se traduit par plus de contres, tout simplement», souriait-il en avril dernier, lors d’une visio-conférence.

Dans les dernières secondes du Game 1 face aux Clippers mardi, Marcus Morris n’a pas eu d’autre choix que de tenter de shooter face à Gobert. Le Jazz avait trois points d’avance dans les dernières secondes et le joueur de L.A. cherchait une position pour un tir primé. Le pivot tricolore a déployé ses ailes et asséné un contre qui restera dans les annales, histoire de mettre un peu plus en lumière ses qualités avant de recevoir ce trophée de meilleur défenseur. A noter qu’il a hérité de 84 premières places sur 100 et 464 points. Assez pour devancer largement Ben Simmons (Philadelphie, 287 points) et Draymond Green (Golden State, 76 points), ses deux premiers poursuivants. L’ancien Choletais avait d’ailleurs reçu quelques votes – une quatrième place et cinq cinquièmes places pour un total de 20 unités – dans le palmarès du vote pour le titre de MVP, finalement attribué au pivot serbe de Denver Nikola Jokic lundi. En résumé, Gobert n’a pas volé son trophée, lui qui fêtait en début d’année sa deuxième sélection pour le All Star Game à Atlanta.

Pas de cadeau

Recalé à l’Insep, drafté relativement bas et très peu utilisé lors de sa toute première saison en NBA, en 2013-14, Rudy Gobert n’a jamais eu de cadeau sur les parquets. On se souvient de ses larmes en 2019, après avoir été snobé pour le All Star Game. On n’a pas non plus oublié les critiques après son contrôle positif au Covid-19, le premier cas avéré en NBA, l’année dernière. Derrière, Gobert a vécu des moments difficiles, des menaces et la défiance d’une partie du vestiaire du Jazz. Mais c’est du passé. Ce qu’il a, il a été le chercher. Ça n’a pas empêché les mauvaises langues de rire sous cape lorsque le Français a signé un contrat XXL à 205 M$ sur cinq ans en début de saison. «Après, je connais ma valeur, mon équipe connaît ma valeur et les gens qui connaissent le basket connaissent ma valeur», disait-il encore au Figaro en début d’année.

Pour le reste, l’agent n’a pas changé la fourmi Gobert. D’ailleurs, il n’oublie pas d’où il vient. Et surtout pas sa maman, Corinne. «Elle a fait beaucoup de sacrifices afin que je puisse faire ce que j’aime. Elle a cru en moi. J’ai grandi dans une petite ville en France, je n’étais pas spécialement supposé être là… Si vous m’aviez demandé au moment où j’ai commencé le basket, je n’aurais pas cru que je gagnerais le titre de meilleur défenseur de la NBA. Trois fois ? C’est exceptionnel… Elle m’a tout donné, elle m’a appris à être une bonne personne et je n’en serais pas là sans elle», raconte-t-il sur TNT. Reste à savoir jusqu’où Gobert et ses petits camarades d’Utah iront cette saison. Jusqu’au premier sacre de l’histoire de la franchise ? Réponse dans quelques semaines, juste avant de voir le numéro 27 du Jazz rejoindre les Bleus pour les JO de Tokyo.

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