Plus de 50 ans après, le tueur du Zodiac continue de fasciner l’Amérique

Monde

RÉCIT – Une équipe de détectives américains affirme avoir identifié le «Zodiac killer», officiellement accusé de cinq meurtres, même si lui-même s’en attribue 37. Retour sur l’un des tueurs en série les plus mystérieux du 20e siècle.

Provocateur, mégalomane, insaisissable… Les qualificatifs manquent pour décrire le Zodiac. Plus de 50 ans après ses crimes, le nom de ce tueur en série hante encore les enquêteurs. Responsable d’au moins cinq meurtres – lui en revendique pas moins de 37 – entre 1968 et 1969, dans la région de San Francisco, il avait ensuite disparu dans la nature, laissant derrière lui anagrammes et énigmes sur lesquelles se sont éreintés de nombreux policiers, mais aussi des journalistes, des écrivains et des détectives amateurs. Ces derniers jours, le «Zodiac killer» fait à nouveau parler de lui : une équipe de choc, baptisée The Case Breakers, a annoncé avoir percé à jour l’identité du mystérieux meurtrier, selon les médias américains.

Composée de plus de 40 anciens enquêteurs des forces de l’ordre, journalistes et officiers du renseignement militaire, elle affirme avoir identifié un certain Gary Francis Poste, ancien soldat de l’US Air Force… décédé en 2018. Les limiers s’appuient sur de nouvelles preuves médico-légales, le déchiffrement de lettres envoyées par le Zodiac et les similitudes entre le visage de l’ancien militaire et le portrait-robot du tueur. Ils demandent des tests ADN pour étayer leurs affirmations, ce que la police américaine refuse pour l’heure. Ils relient également le Zodiac au meurtre d’une autre jeune femme, Cheri Jo Bates, le 31 octobre 1966, à plusieurs centaines de kilomètres au Sud de San Francisco.

Cinq meurtres et un enlèvement

Ces révélations sont néanmoins à appréhender avec prudence : «L’affaire Zodiac reste ouverte. Nous n’avons aucune nouvelle information à partager pour le moment», a immédiatement tempéré le FBI dans un communiqué. Deux sources fédérales ont également confié au San Francisco Chronicle que les preuves présentées par The Case Breakers ne semblaient pas concluantes. Notamment celle de la comparaison entre la photo de Gary Francis Poste et le portrait-robot du Zodiac : seules des cicatrices similaires lient les deux documents.

Reste que cette affaire hors-norme continue de fasciner l’Amérique, dont la presse se fait l’écho du moindre rebondissement avec avidité. Elle a été close et rouverte à de nombreuses reprises lors des cinq dernières décennies, et quelque 2500 suspects ont été interrogés depuis. En 2007, le cinéaste David Fincher en a tiré un film brillant. Lui-même s’était inspiré d’un livre écrit en 1986 par un certain Robert Graysmith, dessinateur de presse qui venait à peine d’arriver au San Francisco Chronicle quand la série de meurtres a débuté.

Les deux premiers meurtres attribués au Zodiac remontent au 20 décembre 1968. Cette nuit-là, le mystérieux tueur abat froidement au pistolet deux adolescents, David Faraday et Betty Lou Jensen, qui flirtaient dans une voiture au bord du lac Herman. L’année suivante, le soir de la fête nationale, Darlene Ferrin et son amant, Michael Mageau, sont attaqués de la même façon sur le parking d’un golf. L’homme survivra. Le 27 septembre 1969, Cecilia Ann Shepard et Bryant Calvin Hartnell sont également surpris par le Zodiac au bord du lac Berryessa. Le tueur leur demande de l’argent et les clés de leur voiture, puis exige que l’homme soit ligoté par la femme, avant d’attacher lui-même cette dernière. Il poignarde ensuite ses victimes. Là encore, seul l’homme en réchappe. Le 11 octobre 1969, c’est un chauffeur de taxi, Paul Stine, qui fut retrouvé mort, une balle dans la tête, à San Francisco. Et le 22 octobre 1970, une jeune mère et son bébé échappent de peu au même sort, en parvenant à s’enfuir de la voiture du tueur, qui les avait enlevés.

Des inscriptions et le signe du Zodiac gravés sur une des portières de la voiture de Bryan Hartnell, le 27 septembre 1969. FBI/Domaine public

Un mystérieux jeu de piste

Si le nombre de meurtres commis pourrait être bien plus élevé, comme l’affirment à la fois le Zodiac (37) et le dessinateur Robert Graysmith (49), la particularité du tueur réside surtout dans sa manière de jouer avec ceux qui le traquent. Obnubilé par la célébrité, le meurtrier veut à tout prix faire la Une des médias. Il souhaitera également plus tard qu’un «bon film» soit réalisé sur ses crimes… Le 1er août 1969, le Vallejo Times-Herald, le San Francisco Chronicle et le San Francisco Examiner, reçoivent des lettres qui revendiquent les meurtres de David Faraday, Betty Lou Jensen et Darlene Ferrin. Elles contiennent chacune le tiers d’un cryptogramme de 408 symboles que le Zodiac veut voir affiché en première page des trois journaux californiens. Ces énigmes permettraient, selon lui, de dévoiler son nom. Si les quotidiens ne s’exécutent pas, il jure de tuer 12 personnes le week-end suivant. Le San Francisco Examiner le publie en page 4. Une semaine plus tard, le journal reçoit une nouvelle lettre qui détaille les meurtres de David Faraday, Betty Lou Jensen et Darlene Ferrin. Pour la première fois, sa signature apparaît : «This is the Zodiac speaking», est-il inscrit en introduction, alors qu’un signe ressemblant à une croix celtique, une cible ou à une mire de fusil de précision clôt la missive.

Le 14 octobre 1969, une troisième lettre parvient, cette fois, au San Francisco Examiner. Le Zodiac y menace d’attaquer des autobus scolaires. Un morceau ensanglanté de la chemise du chauffeur de taxi Paul Lee Stine, sa cinquième victime, est retrouvé à l’intérieur. Au total, quatre messages cryptés parviennent également aux trois rédactions de la ville. Celui du 1er août 1969 a rapidement été déchiffré par un instituteur et son épouse : «J’aime tuer des gens parce que c’est tellement plus amusant que de chasser dans la forêt, parce que l’homme est l’animal le plus dangereux de tous. Tuer quelque chose me donne l’expérience la plus excitante. C’est encore mieux que de se faire une fille», est-il écrit.

Le premier cryptogramme décrypté par un instituteur et son épouse. Domaine public

Le second cryptogramme, reçu en novembre 1969 et qui compte 340 caractères, permet de cerner un peu plus la personnalité délirante du tueur : «J’espère que vous vous amusez beaucoup à essayer de m’attraper. Je n’ai pas peur de la chambre à gaz, elle m’enverra plus tôt au paradis car, maintenant, j’ai assez d’esclaves pour travailler pour moi. Je n’ai pas peur, car je sais que ma nouvelle vie sera facile au paradis. La vie, c’est la mort». Ces «esclaves» sont en fait ses victimes.

Le second cryptogramme signé du Zodiac. Domaine public

Une avancée récente… mais infructueuse

Les deux derniers cryptogrammes, datant du 20 avril et du mois de juin 1970, n’avaient toujours pas été identifiés au début de l’année 2021, car trop courts. Mais un jeune polytechnicien franco-marocain, Fayçal Ziraoui, s’est récemment attelé à déchiffrer les deux énigmes, composées respectivement de 32 et 13 caractères, rapporte Le Point . Le premier indiquait le nom de l’école que le Zodiac prévoyait de faire exploser le jour du Labour Day 1970. Et le second a fait ressortir un nom : celui de Lawrence Kane, un des suspects identifiés par le FBI, mort en 2010. Tenait-on dès lors le patronyme tant attendu du Zodiac ? Le FBI a préféré botter en touche dans un communiqué laconique : «Même si des décennies se sont écoulées, nous continuons de demander justice pour les victimes de ces crimes brutaux. En raison de la poursuite de l’enquête et par respect pour les victimes et leurs familles, nous ne fournirons pas d’autres commentaires pour le moment».

Le cryptogramme de 32 caractères décrypté par Fayçal Ziraoui. Domaine public

Quoi qu’il en soit, le nom de Gary Francis Poste vient rejoindre la longue liste des personnes suspectées d’être le Zodiac. En tête de celle-ci, Arthur Leigh Allen, que le dessinateur Robert Graysmith considère comme l’unique coupable. En 1991, il fut formellement identifié par Michael Mageau, qui avait réchappé au deuxième meurtre du Zodiac. Son amante Darlene Ferrin, décédée lors de cette attaque, connaissait d’ailleurs le suspect. Mais au moment où les inspecteurs ont souhaité l’interroger, Arthur Leigh Allen est mort d’une crise cardiaque. En 2002, une comparaison de l’ADN prélevé sur des enveloppes envoyées par le tueur semble néanmoins l’innocenter. Depuis, la police de San Francisco a officiellement clos le dossier, qui reste ouvert dans le comté de Napa et à Vallejo. Et 55 ans plus tard, le mystère reste entier.


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