Quand Kaïs Saïed va-t-il s’intéresser à l’économie ?

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Kais Saied reçoit rarement les acteurs de l’économie (ici avec Samir Majoul, le patron des patrons).

L’angle mort est la zone inaccessible au champ de vision d’un conducteur de véhicule qui ne lui permet pas de voir une partie de son environnement. L’économie fait partie des angles morts d’un conducteur appelé Kaïs Saïed ?

Par Imed Bahri

Aussitôt élu, le président américain Joe Biden s’est mis aussitôt au travail et, son programme présidentiel étant prêt, il n’a pas perdu de temps pour passer à l’action. Non seulement la «détrumpisation» est en marche, notamment en matière de relations internationales, où la diplomatie américaine est en train de renouer avec ses fondamentaux et de rétablir les ponts coupés par le précédent locataire de la Maison blanche, mais le successeur de Donald Trump a pris à bras le corps deux axes importants de son programme : la crise sanitaire, qui est en voie d’être vaincue grâce à une politique volontariste de vaccination de masse, et la relance économique. C’est ainsi qu’il a présenté, le 31 mars dernier, la première partie de son programme Build Back Better, qui prévoit d’injecter près de 2 300 milliards de dollars dans l’économie, en plus des 1 900 milliards de son plan de sauvetage économique. Le cœur du projet concerne les infrastructures, mais aussi les emplois, la lutte contre les inégalités sociales et raciales, le climat et l’innovation technologique, ce qui a conduit certains commentateurs à appeler ce projet «Green New Deal».

Un président n’est pas qu’un interprète de la Constitution

Les pouvoirs du président américain sont certes constitutionnellement beaucoup plus étendus que ceux du président tunisien, dont le système semi-parlementaire mis en place par la Constitution de 2014 limite les prérogatives, mais on aurait aimé voir Kaïs Saïed, dont l’élection remonte à un an et demi et qui a eu le temps de se familiariser avec les arcanes de l’Etat, faire preuve de plus de pro-activité et de prendre des initiatives susceptibles d’aider à sortir la Tunisie de la crise où elle se morfond depuis 2011, et non contribuer à l’y enfoncer davantage, comme le lui reprochent, à juste titre, ses adversaires, et ce en fonctionnant non comme un rassembleur et un facilitateur mais comme un diviseur et un frein.

Kaïs Saïed, qui a réussi à se faire élire sans avoir présenté un programme digne de ce nom, continue certes de plafonner dans les sondages d’opinion, mais sa popularité ne cesse de s’effriter, conséquence de l’usure du pouvoir, et il n’est pas sûr que les Tunisiens continueront de lui faire confiance jusqu’aux prochaines élections, en 2024, parce qu’il est un homme intègre, qu’il lutte contre la corruption, par les mots plus que par les actes, comme Don Quichotte combat les moulins à vent, qu’il s’oppose à la boulimie de pouvoir du parti islamiste Ennahdha ou qu’il soutient, tout aussi verbeusement, la cause palestinienne.

Sortir la Tunisie de la crise

Il va donc falloir qu’à un moment ou un autre, M. Saïed comprenne enfin que les Tunisiens attendent de lui beaucoup plus que de simples interprétations de la Constitution – un exercice de confort pour ce professeur de droit constitutionnel –. Mais le problème avec l’actuel locataire du Palais de Carthage, c’est qu’outre sa rigidité doctrinale et son conservatisme social, qui sont rarement des vecteurs de créativité intellectuelle et d’innovation politique, il semble s’enfermer dans une sorte de paranoïa qui le coupe de pans entiers de la société tunisienne, et particulièrement des opérateurs économiques, qu’il connaît mal et dont il semble beaucoup se méfier, évitant de les rencontrer, comme s’ils étaient tous des corrompus ou des corrupteurs, alors qu’il gagnerait beaucoup à les écouter et à prendre des décisions susceptibles d’assainir le climat des affaires, de relancer l’investissement et de redresser l’économie, un secteur où le facteur confiance est déterminant.

M. Saïed doit comprendre qu’il ne pourra jamais imprimer son empreinte personnelle sur la marche du pays s’il ne s’implique pas davantage dans l’économie, surtout que ce secteur est en crise depuis 2011, qu’il est en train de toucher le fond et qu’il a besoin d’un sursaut salutaire, dont dépendra la capacité du pays à se relever et l’avenir même de ses enfants.

Quand le président de la république va-t-il enfin prendre conscience de cet aspect important de sa mission de chef d’Etat ? Nous gardons encore espoir de le voir bientôt s’y investir avec le sérieux qu’il met à effectuer ses prières dans les mosquées et à s’afficher aux côtés des unités sécuritaires et militaires.



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