RC Toulon : «Marqué» par la saison, Patrice Collazo a entamé une profonde remise en question

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Présent en conférence de presse ce lundi auprès de Bernard Lemaître et Laurent Emmanuelli, le manager varois a fait un bilan objectif de la saison. S’il a songé à son avenir sur la Rade, Patrice Collazo est désormais focalisé sur la suite de son aventure.

Envoyé spécial à Toulon,

Rarement, Patrice Collazo aura semblé aussi touché par la situation sportive du RCT. Même lors de sa première année, rendue difficile par une fin de cycle (9e place en Top 14), le natif de La Seyne-sur-Mer n’avait montré aucune faille. Mais à l’heure «de regarder les faits en face» sur le dernier exercice, ponctué à une indigente 8e place, le Méditerranéen ne s’est pas échappé : «Le bilan a été présenté aux joueurs. Les objectifs ne sont pas atteints. Donc, on a fait un bilan pour tirer les conclusions. On n’a pas su avoir une continuité dans la performance et, avant de parler de la performance, on peut parler de l’attitude. J’ai entendu les choses qu’ils voulaient changer. Quand on vit une situation comme celle-là, il faut réfléchir. Je vais donc changer certaines choses. Par contre, des joueurs doivent aussi changer certaines choses. C’est une certitude…»

S’il s’estime «le premier responsable» de l’échec, Patrice Collazo a été profondément touché par les critiques émises sur les réseaux sociaux et par certains clubs de supporters : «Je suis marqué par cette saison. Je place les relations humaines au-dessus de tout. On en a manqué cette saison. Je suis marqué parce que je suis de Toulon. J’ai un certain idéal de ce que doit être Toulon. Une image, qui n’est peut-être pas la même pour tout le monde. Je suis marqué par ce que je vois et j’entends les critiques. Je suis marqué parce que je vois ce que l’on a fait sur le terrain. Je vois les gens qui sont malheureux à cause de nous. Je vois le manque de respect qu’il peut y avoir envers le président. Envers moi, ce n’est pas un souci, j’assume.»

Je me suis posé la question de mon avenir au RCT. Mais cette histoire, je ne peux pas l’arrêter comme ça ici

Patrice Collazo

Une déception qui l’a poussée à réfléchir à son futur, malgré un contrat allant jusqu’en 2025 : «Je me suis posé la question de mon avenir au RCT. Autant on peut dire que je ne fais pas rire, autant quand il faut prendre les décisions, je sais les prendre. Mais, une certitude, je ne pars pas en courant. J’ai réfléchi un certain moment, puis après j’ai basculé dans l’autre sens. Cette histoire, je ne peux pas l’arrêter comme ça ici. Surtout quand on est d’ici. Laurent Emmanuelli et le président peuvent prendre des décisions. Je l’accepte. Mais, une chose, j’irai jusqu’au bout. Tant qu’il n’y aura pas une grande victoire, je ne serai pas heureux à Toulon. Et aujourd’hui, je ne suis pas heureux à Toulon, parce que Toulon ne gagne pas.»

Après la déroute à Castres, qui a causé le courroux des amoureux du club au muguet et de son président Bernard Lemaître, l’ex-entraîneur du Stade Rochelais a pris le temps de réaliser une autocritique. Il en tire un regard lucide : «Aujourd’hui, il y a des choses à améliorer. C’est ma troisième saison au club, c’est la deuxième fois où Toulon ne se qualifie pas puisque la saison dernière il y a eu le Covid-19. On avait amorcé quelque chose de positif dans l’attitude, dans la continuité des performances la saison passée. On n’a pas su retrouver cela cette année. On l’a senti au fil des matches. On a été en dent de scie.»

J’ai eu un management dur et brutal pour placer les joueurs devant leurs responsabilités

Patrice Collazo

S’il concède avoir eu «un management dur et brutal pour placer les joueurs devant leurs responsabilités» lors de moments délicats, le boss du RCT est prêt à changer pour insuffler une nouvelle dynamique : «On doit mettre un nouveau cadre autour de l’équipe. Quand on est à Toulon, on ne peut se permettre de faire une deuxième saison comme celle-là. Je sais aussi d’où l’on vient. Mais, avant de parler rugby, de stratégie, le match est une conséquence. Avant de parler de conséquence, il y a un process d’éthique, de travail et de comment on vit le club.» Et de grincer : «Quand on manque de consistance dans la performance et dans l’attitude… L’année prochaine, il faudra changer beaucoup de choses. On va s’y atteler. J’ai commencé à le faire avec les joueurs. (…) Le match, c’est la synthèse de notre travail, pour l’entraîneur et les joueurs. Les peu de fois où l’on a aligné moral, travail et rugby, on a eu un résultat. Des fois, on n’a même pas mis le premier : le don de soi et l’éthique.»

Si lors d’une conférence de presse Bernard Lemaître a signifié que son entraîneur allait «prendre de la hauteur», Collazo a tenu à préciser la pensée : «Je ne vais pas me renier. Entraîner, c’est avoir des convictions. Je base beaucoup de choses sur la loyauté et l’affect (…). Vous vous devez d’interpréter dans votre métier, mais j’ai une manière de fonctionner. Elle peut évoluer. Malgré ce que certains pensent, j’ai une capacité d’adaptation. Vous serez surpris… Cette prise de hauteur définit la capacité de faire un pas de recul, à analyser la situation et à penser à la plus-value qu’on peut apporter. Par contre, attention, faire un pas, voire un demi-pas, ce n’est pas se mettre de côté. Mais ça permet de voir beaucoup plus de choses de voir les bonnes et les moins bonnes.»

En bref, il reste le «responsable d’un projet et d’une institution». La mine bronzée et tirée, Collazo a tenu à mettre à mal des «clichés» qui lui collent à la peau : «Je n’ai jamais eu de mal à déléguer. C’est une image que l’on veut me donner. Jusqu’à preuve du contraire, je n’entraîne pas les arrières, Julien Dupuy en est le responsable. Dasalmartini avait une autonomie sur la touche, avec ses leaders. Même si j’adore le jeu au pied, Maxime Petitjean sera plus compétent que moi. C’est son domaine. Certaines fois, on ne se rend pas compte des impacts qu’il peut y avoir. Je veux aussi essayer de renvoyer une autre image. Et, je sais ce que je dois renvoyer à mes joueurs.»

Je n’ai qu’une envie : je veux recommencer et très vite. Je suis même prêt à oublier les vacances.

Patrice Collazo

Pour les objectifs, le secret sera gardé entre lui et ses ouailles : «On se doit d’avoir des objectifs élevés, on doit le faire comprendre aux joueurs. Cette saison sera décisive pour le Rugby Club Toulonnais. Ici, il y a trop d’attente, et aujourd’hui beaucoup de gens sont déçus. Nous les premiers, on y passe beaucoup de temps et d’énergie. Vous allez me répondre qu’on est payés pour ça, très bien, mais on est aussi présents pour que ça marche.»

Et pour trouver la recette payante, le RCT a misé sur des joueurs concernés uniquement par le club. Dans son analyse, Patrice Collazo a déclaré que son «équipe s’est effondrée sur la période février-mars» lors des doublons pour cause de Six Nations : «C’est la structure, à la base, qui n’était pas bonne. On a pensé différemment pour le futur. On veut s’appuyer sur un socle de joueurs disponibles uniquement pour le club. On considère l’international comme une plus-value pour l’équipe quand il sera là. Je ne veux plus dépendre uniquement de ses joueurs. Un mec comme Ollivon, qui est sur un double projet, est sollicité énormément sur les aspects du mental et de la performance. Dorénavant, je veux que ces joueurs soient dans les meilleures dispositions pour performer quand ils reviennent à Toulon. On se doit d’avoir des joueurs dédiés au club toute l’année. Les arrivées vont dans ce sens. L’international sera du bonus et de la plus-value. Mais le plus important c’est le joueur qui sera là toute l’année. Un international n’est présent que six mois par an. Quand ils ne sont pas là, on doit avoir de l’exigence et de la performance. L’équipe doit continuer à tourner. On n’a pas su le faire cette année.»

Dans sa conclusion, à l’image de sa conférence de presse, l’ancien pilier s’est montré plus que jamais combatif : «Des joueurs et des supporters seraient peut-être contents que j’entraîne du bureau, voire que je reste chez moi… Mais ce n’est pas d’actualité. J’ai une profonde aversion pour la défaite. Cette intersaison, je vais m’en souvenir. Je n’ai qu’une envie : je veux recommencer et très vite. Je suis même prêt à oublier les vacances.»

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