Scan Sport – Ancien footballeur, Ouissem Belgacem dénonce «l’homophobie systémique» qui gangrène le milieu

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C’est un mal qui est nulle part et partout, invisible et omniprésent. «Quand on a 19 ans, on n’en parle pas», établit Ouissem Belgacem sur le plateau de l’émission Quotidien. Gamin d’Aix-en-Provence, Ouissem Belgacem a, comme beaucoup de jeunes garçons, poursuivi son rêve de footballeur professionnel. Il a intégré le centre de formation de Toulouse, joué aux côtés d’Aurélien Capoue ou de Moussa Sissoko, futur finaliste de l’Euro 2016 avec les Bleus. Ouissem, lui, est resté très loin derrière. «Pour réussir à devenir professionnel dans un sport, au-delà des qualités athlétiques, techniques qu’il faut avoir – et en centre de formation on est beaucoup à les avoir-, c’est surtout un exploit mental qu’il faut réaliser», raconte l’ancien international tunisien. Cette force mental, il ne l’a pas trouvée. Son homosexualité n’a pas aidé, d’autant plus dans un tel milieu.

«J’avais ce projet de changer ma sexualité, de m’hétérosexualiser, confie Ouissem Belgacem sur le plateau de TMC. Je me sentais tellement mal dans mes baskets…» L’ex-Toulousain, encore adolescent, s’est senti «rejeté dans tous ses milieux, que ce soit dans le sport, ma communauté religieuse ou ma cité». «Tout me ramenait au fait que c’est mal d’être comme je suis, ajoute-t-il. On est dans la négation de toi, dans le mal-être le plus fort.» Problème évident : «Ce n’est pas possible de changer son orientation sexuelle, comme on ne peut pas changer la couleur de son épiderme.» Ce sentiment d’exclusion l’a rendu «obsédé par le fait de changer, parce que je savais que ça (l’homosexualité) n’allait pas être compatible avec ma passion». Un mal-être qui l’a «consumé de l’intérieur». Tristement commun dans le sport de haut niveau, d’autant plus dans le football. Mais là où l’histoire de Ouissem Belgacem se différencie, c’est lorsque l’ancien joueur décide de la raconter dans un livre.

«Quand j’entends le président de la Fédération française de football (FFF) hiérarchiser les discriminations…»

Ouissem Belgacem

Co-écrit avec Éléonore Gurrey, l’ouvrage «Adieu ma honte», paru ce mercredi 5 mai aux éditions Fayard, se veut être «un récit aussi intime que puissant». «Je ne m’en prends à personne personnellement, parce que pour moi, l’homophobie, elle est systémique, précise Ouissem Belgacem pour Quotidien. Mais quand j’entends le président de la Fédération française de football (FFF) hiérarchiser les discriminations, à savoir que s’il y a des chants racistes on arrête les matches mais des chants homophobes, là on peut continuer, ça ne renvoie pas une bonne image.»

«Je trouve qu’on arrête trop de matches, avait déploré Noël Le Graët, président de la FFF, en juin 2019 dans les colonnes de Ouest-France. Cela fait plaisir à certains ministres, mais moi, ça me gêne. Le football ne peut pas être pris en otage pour des propos vulgaires. Ce n’est pas le foot, mais la société en général qui doit y réfléchir, à l’école ou dans les entreprises, partout.» Sur France-Info, Le Graët estimait que racisme et homophobie, «ce n’est pas la même chose». «Moi, vous me voyez, j’ai souffert des deux», conclut Ouissem Belgacem qui invite à «lutter contre toutes les discriminations». «Mais on ne choisit pas celle qui nous convient si on veut une société plus égalitaire.»

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