UBB-Clermont : le novice contre le maudit

SPORT

Le second barrage de Top 14 met aux prises des Bordelais, qui disputent la phase finale pour la première fois de leur (jeune) histoire, avec une équipe auvergnate rodée mais souvent malheureuse. Les expérimentés managers Urios et Azéma ont joué sur ces ressorts.

Qui défiera l’immense favori toulousain dans une semaine en demi-finale à Lille ? Verdict ce samedi soir à l’issue du barrage entre le bizuth Bordeaux-Bègles, qui aura dû attendu d’être chaperonné par Christophe Urios pour vivre la première phase finale de Top 14 de sa jeune histoire, et Clermont, toujours placé, rarement gagnant. Ces dix dernières années, l’ASM a ainsi compilé un titre (2017), deux finales perdues (2015, 2019), trois arrêts en demi-finales (2012, 2013, 2016) et un échec en barrage (2014). Une constance au très haut niveau qui fait de Clermont « un club historique. Mais on a échoué souvent au pied du trophée », reconnaît l’ouvreur auvergnat, Camille Lopez. Preuve que l’expérience ne suffit pas toujours…

Ce qui laisse un espoir aux Girondins qui couraient depuis longtemps après cette qualification historique. « Clermont a l’avantage, admet le talonneur de l’UBB, Clément Maynadier. Nous, on était toujours les cons qui arrivions devant le double battant et on le prenait en pleine figure à chaque fois. Mais, cette année, on a pris pas mal d’expérience avec les deux demi-finales européennes. Il faut que cela nous serve samedi. » Pour aller plus loin dans cette phase finale, Christophe Urios, au langage toujours aussi imagé, a prévenu : il veut « une équipe de morts de faim prêts à manger des cailloux »…

«On va affronter une équipe qui est habituée à ces fins de saisons au très haut niveau, avec des joueurs de très haut niveau, qui arrivent visiblement en forme maintenant. Donc oui, ça peut jouer, en termes d’expérience d’équipe, prolonge le manager de l’UBB. On n’a pas beaucoup de matches de phases finales, le club est jeune, très jeune. Dix ans, ce n’est rien pour un club de rugby. Mais on a une telle envie de continuer. On n’a pas envie de s’arrêter là.» Avec l’arrivée à sa tête d’Urios en 2019, rompu à l’exercice et passé à un tout petit point d’envoyer l’incongru Oyonnax en demi-finale en 2015 (défaite 19-20 à Toulouse) avant d’être sacré avec Castres en 2018 en passant par les barrages (6e de la saison régulière), l’UBB de Laurent Marti a trouvé le guide expérimenté qui pourrait le mener au Brennus.

« Ce que je trouve excitant, c’est qu’il y a de l’expérience dans notre groupe mais aussi beaucoup de jeunesse et d’enthousiasme. »

Franck Azéma

En face, son vis-à-vis Franck Azéma, sur le départ, fera tout pour retarder le moment des adieux. «Tout est permis quand on est dans les six, on le sait trop, a souligné celui qui entraîne l’ASM depuis une décennie. L’expérience, il faut savoir s’en servir. Ce que je trouve excitant, c’est qu’il y a de l’expérience dans notre groupe mais aussi beaucoup de jeunesse et d’enthousiasme. C’est un mélange intéressant, il y a un bon équilibre. On le voit avec les garçons qui sortent du banc et nous apportent de l’intensité dans le jeu. Mais il faut qu’on se serve également de l’expérience des cadres, qui ont joué beaucoup de phases finales.»

Une équipe de l’ASM qui ne manquent pas, par ailleurs, d’arguments offensifs : meilleure attaque du Top 14 ; un buteur (Parra) sur un nuage depuis deux mois (série, en cours, de 33 coups de pied réussis face aux perches !) ; et une charnière Parra-Lopez enfin recomposée… qu’il «faudra faire dérailler», cible Urios. Les Auvergnats, eux, surveilleront de près Matthieu Jalibert, virevoltant cette saison.

« Évidemment que j’ai un feeling. Évidemment que j’arrive à sentir les choses. Et, évidemment que je suis persuadé qu’on sera capable d’être à la hauteur samedi soir… »

Christophe Urios

Alors, le petit nouveau peut-il le faire ? Le sorcier de l’UBB y croit. «Évidemment que j’ai un feeling, évidemment que j’arrive à sentir les choses. Maintenant, c’est un groupe que je découvre, qui va découvrir aussi des phases finales de Top 14. Ce sont des matches qui sont très particuliers, même si on vient d’en vivre en Coupe d’Europe. Donc oui, j’ai eu des mots durs, mais qui étaient à la hauteur de notre ambition. On a une ambition très, très forte et, forcément, il faut une attitude très très, forte. Donc j’espère qu’on sera capable d’être à la hauteur samedi soir. Et évidemment, j’en suis persuadé…»

Pour atteindre cette ambition, il n’a pas hésité à battre le rappel. Le public commence à être autorisé à revenir dans les stades. Il y aura ainsi plus de 4.000 Bordelais ce samedi. Qui devront pousser de toutes leurs forces. «5.000 personnes dans un stade de 34.000, ça ne fait pas beaucoup. Il va y en avoir aussi 800 de Clermont, rappelle Christophe Urios. On a été tristes de jouer cette saison sans public, alors que c’était une année incroyable. On aurait tellement voulu partager notre épopée en Coupe d’Europe avec notre public. Maintenant, on dispute ce match décisif, probablement l’un des plus grands matches de l’histoire de l’UBB, avec quelques supporters. J’ai juste envie de leur dire de faire beaucoup de bruit. Parce que Clermont va faire beaucoup de bruit.» Assourdissant. Et étourdissant.

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